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WEEPERS CIRCUS · 1988 — 2013

Coulisses

ANECDOTES  ·  HISTOIRES  ·  MÉMOIRES

SUR SCÈNE

Avant le Weepers Circus.

1987 / 1988 – BOUXWILLER ET STRASBOURG

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Septembre 1987 : j’ai presque seize ans et j’entre en classe de Seconde au lycée de Bouxwiller, en terre rhénane d’Alsace. Un superbe palais néoclassique construit à l’époque du Deutsches Kaiserreich (1871-1918).

C’est là ma première Seconde car je vais la redoubler. Cette année-là est pour moi une magnifique bascule : j’y découvre alors les amitiés fortes et les premières amours passionnelles impossibles. Moi et mes collègues de l’époque, je crois qu’on a vraiment vécu une sorte de moment de grâce : les émotions nous dominaient et nous libéraient dans une sorte d’adolescence joyeuse. Curieusement, nous avions aussi déjà une certaine maturité : la question du sens nous intéressait. Quelques mois donc dans un écrin d’innocence. Et puis, j’avais de l’admiration pour les copains et (surtout) les copines. J’avais les cheveux longs, j’étais mince et beau.

Par la suite, une deuxième bascule va s’opérer, d’abord en août 1988 où je me fais tabasser par des voyous à Londres – provoquant là ma toute première dépression – puis lors de ma seconde Seconde, en septembre 1988, au Collège Lucie Berger, à Strossbùri / Straßburg / Strasbourg, toujours en terre rhénane d’Alsace, en section arts-plastiques et histoire de l’art : la rencontre amicale et artistique – à la fois passionnante et décisive – avec Franck George et la naissance du Weepers Circus (en octobre 1988). Franck et moi, mais aussi en compagnie de François Rachez, nous en sommes alors les cofondateurs.

1988 · STRASBOURG (67)

Naissance du Weepers Circus.

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En septembre 1988, j’ai presque seize ans et j’intègre la classe de Seconde au Collège Lucie Berger de Strasbourg. Contrairement à ce que l’on pourrait penser avec cette appellation de collège, l’établissement accueille, à l’époque, des élèves de la Maternelle à la Terminale. La section que j’investie se nomme A3, c’est-à-dire littéraire et artistique (à savoir l’histoire de l’art et les arts-plastiques). L’institution est privée – sous contrat avec l’État – et protestante. Étant moi-même protestant luthérien d’héritage familial, ce lieu ne me semble pas très loin de mes références cultuelles et culturelles.

Le premier jour de la rentrée, il y a une tradition : un culte obligatoire pour tous les élèves, dans une église à proximité. Je m’assieds dans la nef et, à mes côtés, je remarque un type qui a presque la même apparence que moi : cheveux longs, lunettes à la John Lennon, look néo-hippie, ce qui, en cette fin des années quatre-vingt, n’est pas du tout à la mode chez les jeunes. Évidemment, en ces instants, nous sommes tous sensés chanter des cantiques poussiéreux et d’emblée ça m’ennuie, mais je tiens à faire bonne figure, alors je me dis que si que si le babacool à côté de moi chante, je chanterai aussi : nous nous observons du coin de l’œil tous les deux et nous avons bel et bien fini par chanter à deux voix sans le faire exprès. Et là, je suis sur le cul : le gars a une voix extraordinaire !

Le culte se termine et tous les élèves se retrouvent dans la cour de l’école. Je revois au loin mon voisin de cérémonie : on s’observe du coin de l’œil, intrigués que nous sommes tous les deux. Par ailleurs, tout le monde me regarde : j’étais encore très maigre mais déjà grand – 1m96 – et je portais un gilet sans manche en peau de mouton, ce qui, ici, dans un établissement tout de même essentiellement constitué de petits bourgeois urbains très à la mode vestimentaire, faisait un peu tache. Il y a même des élèves qui me prennent pour un assistant d’éducation : en effet, je fais plus vieux que mon âge. Par la suite, je serai alors très vite affublé des surnoms de berger et de Jésus.

Nous intégrons enfin nos classes respectives pour commencer les cours et hop… mon collègue hippie me toise dans le couloir – je le toise aussi d’ailleurs – et, finalement, se retrouve encore à côté de moi dans la salle : dingue, ce type est dans la même classe ! J’étais content ! Du coup, on se salue et on se présente : il s’appelle Franck George et à ce moment-là, je ne réalise pas encore que nos destins vont être liés pour de nombreuses années à suivre.

Dans les jours qui s’enchaînent, on fait connaissance et on s’entend très bien : on a – entre autres – à peu près les mêmes goûts pour les arts, en particulier quant à nos références musicales. Et je découvre rapidement qu’il est un sacré expert / fan des Beatles, quant à moi, je suis un admirateur de Pink Floyd. Au cours de nos conversations quotidiennes, nous réalisons que nous pratiquons tous les deux des instruments : lui, le violoncelle, moi, la guitare acoustique. Cela attise alors encore davantage notre curiosité l’un envers l’autre. Par hasard, lors des récréations, nous faisons la connaissance d’un troisième larron d’une autre classe : François Rachez. Il se trouve qu’il joue de la basse électrique. Très vite, nous sympathisons agréablement tous les trois.

En octobre 1988, nous avons une idée : et si nous faisions de la musique ensemble ? Et hop… commencent très vite les premières répétitions dans la salle polyvalente, au sous-sol de Lucie Berger. Nous improvisons et nous rions beaucoup : c’est essentiellement du bricolage, mais, finalement nous réussissons à pondre trois morceaux. Nous nous proposons alors de les interpréter lors de culte de Noël de l’établissement, en décembre 1988. Ce qui sera fait : c’est là notre tout premier concert !

Se pose alors la question du nom de notre trio. Il se trouve qu’au même moment, Franck et moi, nous devions travailler sur le thème du cirque dans nos cours d’arts-plastiques. Or, lors d’un week-end chez l’une de ses grands-mères, il bosse son dessin sur le sujet, sa mamie regardant au même moment un épisode de la série allemande Derrick. Franck remarque alors – dans le générique de fin – que l’acteur qui incarne l’assistant du flic s’appelle Fritz Wepper. Dans son travail plastique final, il baptise alors son cirque de Wepper’s Circus. Le nom du groupe est presque né.

Le lundi qui suit, il nous en parle, à moi et à François, et nous validons sans hésiter ce nom : nous aimons beaucoup cette thématique du cirque, ce qui, dans les années qui se succèderont, se retrouvera beaucoup dans nos spectacles dans lesquels la mise en scène, les décors et les costumes joueront un rôle considérable.

Va donc pour Wepper’s Circus.

Quelques temps plus tard, nous en parlons par hasard – au détour d’une conversation – à notre professeur de religion protestante – cours pleinement obligatoire à Lucie Berger – et c’est là qu’elle a une idée lumineuse qui marquera une étape dans notre parcours : « Wepper’s Circus, c’est joli, mais ça n’a pas tellement de sens puisque ce Monsieur Wepper ne représente rien d’essentiel pour vous, non ? » Nous sommes d’accord avec elle ! Elle rajoute : « Et si vous supprimiez un « p » et rajoutiez un « e » ? Cela ferait « Weepers Circus », le cirque des gens qui pleurent ! Qu’en pensez-vous ? » Nous étions sur le cul : elle avait complètement raison ! Et voilà, le nom définitif était né. Ce nom fait complètement sens par rapport à nos aspirations : le cirque, la mélancolie dans nos chansons, l’humour aussi, la quête de l’art total, etc.

Nous poursuivons ainsi tranquillement l’année scolaire 1988/1989 jusqu’à une étape décisive.

En effet, à la rentrée de septembre 1989, Alexandre, le frère de Franck, arrive à Lucie Berger, lui en Seconde, nous, désormais, en Première. Franck m’en parle beaucoup et me dit que son frangin aussi a un fort goût pour la musique. Nous décidons alors d’une rencontre informelle : un jour, j’arrive dans notre salle polyvalente de répétition, et là je découvre un grand gars, assis au piano, en train de chanter un standard de rock’n’roll. C’est le dit Alexandre, que Franck me présente donc : une voix de dingue, puissante et lyrique ! La grande classe ! Et voilà comment le frérot cadet de quatorze ans intègre le groupe immédiatement.

En moins d’un an donc, d’un trio nous devenons un quatuor : Alexandre, non seulement chante magnifiquement nos nouvelles chansons, mais en plus il joue du violon ! Parfait !

Ce line up sera alors notre première structure stable jusqu’en 1991, année à partir de laquelle s’opère l’arrivée progressive de nouveaux membres : Claude Guerrier (mon frère cadet) à la contrebasse (en 1991), Denis Leonhard à la clarinette (1991), Myriam Stricker au violon (1992), Delphine Freiss à la flûte traversière (1993), Fabrice Lemoine au bouzouki, au saze, à l’oud et à la guitare (1995), Luc Widmaier au violon (1996), Alexandre Goulec Bertrand à la batterie (2001) et Christian Houllé aux claviers (2007).

 

Remarque complémentaire d’Alexandre George :

Mon arrivée, c’est à peu près ça, mais si un jour je dois sortir Ma vérité sur les Weepers, ma vie, mon œuvre, ma recette de tomates farcies, je me dois de ne rien corriger si je veux en vendre au moins trois exemplaires.

1990 · Poivrots

L’expérience des poivrots d’après-concerts

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COMMENT FAIRE PARTIR UN POIVROT APRÈS UN CONCERT.

Lors d’une longue période, avec le Weepers Circus, nous participons à moult festivals plus ou moins rock’n’roll en matière de lieux et d’organisations. Souvent, nous jouons tard dans la soirée, dans une atmosphère humide, devant un public largement imprégné d’alcool qui hurle plus qu’il n’applaudit. Du coup, les après-concerts, dans la nuit avancée, sont parfois un peu compliqués à gérer. Or, pour une raison dont nous ignorons la cause, notre chanteur historique, Alexandre George, attire régulièrement les poivrots bien atteints et titubants qui viennent lui dire combien notre spectacle a été formidable, avec une voix chevrotante, un vocabulaire approximatif, une odeur de bière et, parfois, une cravate sur la tête : ils s’adressent à lui à deux centimètres de son visage, mettant évidemment mal à l’aise Alexandre qui, on le comprend, est profondément agacé par la situation. Or, ce dernier a rapidement trouvé une technique pour éloigner l’imbibé et elle fait largement ses preuves à de nombreuses occasions : Alexandre regarde le type saoul sur le front et non dans les yeux, tout en lui disant « Oui, oui, merci, oui, merci, oui, sympa, merci… ». L’imbibé n’est alors pas conscient de ce qui lui arrive, mais le fait qu’Alexandre le regarde sur le front, avec un air vague, le met très vite mal à l’aise. Du coup, par un phénomène magique, le soulard s’éloigne et laisse Alexandre enfin tranquille. Technique efficace, donc ! Chers amis musiciens / chanteurs, n’hésitez pas à utiliser cette technique légendaire : vous y gagnerez à chaque fois !

Éléments complémentaires par Alexandre George :

Exact, quand ce n’était pas moi qui avait également « une voix chevrotante, un vocabulaire approximatif, une odeur de bière et, parfois, une cravate sur la tête » 😉

1994 · Strasbourg

Deux rendez-vous manqués avec Pink Floyd

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Le 9 septembre 1994, le groupe Pink Floyd (versus David Gilmour, Nick Mason et Richard Wright, plus une flopée de musiciens additionnels) effectue un concert monumental au stade de la Meinau à Strossbùri / Straßburg / Strasbourg, en terre rhénane d’Alsace.

Avec mes collègues du Weepers Circus, nous avons bien évidemment nos billets pour y assister. L’après-midi avant le spectacle, nous nous retrouvons chez l’un d’entre-nous, histoire de passer le temps. Et là, une idée me vient : forcément, les britanniques dorment dans un hôtel strasbourgeois. Et si on prenait contact avec l’un d’entre-eux ? Et hop… je consulte l’annuaire – l’Internet et les mobiles n’existent pas encore – et je fais la liste des établissements au minimum de luxe.

J’appelle alors – au pif ! – le Régent Petite France en prenant un pseudo-accent anglais (oui, mon accent est catastrophique, je le reconnais) : – « Bonjour. Je suis Bob Ezrin, producteur de Pink Floyd. Je vous appelle de Londres. Il me faudrait parler à David Gilmour de toute urgence : pouvez-vous me le passer ? » Et là, stupéfaction dans les rangs weepersiens, la chargée d’accueil de l’hôtel me répond : « – Oui, bien sûr, je vous le passe ! ». Bon sang ! Là, je ne fais plus le malin ! Qu’est-ce que je vais pouvoir lui dire, à Gilmour ? Avec les collègues, on est alors partagés entre rires et inquiétudes.

Quelques minutes passent et la chargée d’accueil me reprend en ligne : « –Monsieur Ezrin, je suis désolée, Monsieur Gilmour et les Pink Floyd ont déjà quitté l’hôtel pour se rendre au stade de la Meinau. Dois-je laisser un message ? ». Ouf ! Je suis à la fois soulagé et déçu. Je réponds par la négative, salue et effectue les remerciements d’usage, et je raccroche. On s’est bien amusés. Un rien nous suffit.

Le soir-même, nous allons donc au concert : sans doute ce qui se fait de mieux à l’époque, sur la scène internationale. Voir et entendre les mythiques anglais in situ, ça nous fait quelque chose, même sans Roger Waters (qui manque à l’aventure) : le vieux fan que je suis est ému. Spectacle grandiose et magnifique !

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Le lendemain matin, je prends ma bicyclette et je file au Régent Petite France : avec un peu de chance, je vais y croiser Gilmour, Mason et Wright. J’arrive mais… pas de bol : ils sont déjà partis ! Encore une occasion manquée ! Tant pis… hi hi !

1991 / 1996 · Strasbourg

À l’AUP et au Stift

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En octobre 1991, j’effectue ma première rentrée universitaire à Strossbùri / Straßburg / Strasbourg, en terre rhénane d’Alsace : une sorte de bouleversement dans ma vie de jeune adulte tout juste sorti du lycée.

Cette année-là, je découvre alors – aussi – l’Aumônerie Universitaire Protestante, avenue de la Forêt Noire, juste à côté du magnifique Palais Universitaire : un havre de paix et de joie. J’y fais en ce sens de bien jolies rencontres amicales, intellectuelles et spirituelles : les fameux offices du jeudi soir, les repas, les conférences, etc. Le protestant luthérien d’héritage familial que je suis… s’y sent donc parfaitement à l’aise. Je vais d’ailleurs même y occuper une chambre lors de l’année universitaire 1991 / 1992. Et avec le Weepers Circus, la chapelle de l’AUP sera alors notre premier lieu de prédilection pour nos répétitions post-lycée.

Par la suite, je vais investir un autre lieu universitaire protestant : le Stift, toujours à Strasbourg, quai Saint-Thomas. Ce foyer – essentiellement occupé par des étudiants en théologie protestante – est intégré dans le corps des bâtiments de la direction de l’Union des Églises Protestantes d’Alsace et de Lorraine : j’y effectue – de 1995 à 1996 – mon objection de conscience (un système alternatif qui remplaçait le service militaire tout juste pas encore aboli à ce moment-là) au titre d’assistant du directeur du Stift. Là encore, j’y habite et, toujours avec mes collègues du Weepers Circus, on répète régulièrement dans le hall d’accueil de l’UEPAL : j’avais les clefs !

L’AUP et le Stift, c’était vraiment sympathique et je suis certain que les étudiants actuels y trouvent toujours un chouette vécu.

Le Stift, de l’allemand Stiftung (fondation), est un peu un lieu mythique pour les théologiens locaux : moult aventures s’y passent (et pas toujours racontables) et les anciens ont toujours une ribambelle d’anecdotes à raconter. Moi, par exemple, je planquais le chariot à matériel de la femme de ménage, une alsacienne de la vieille école, à deux doigts de la retraite. Elle savait tout de suite que c’était moi ! Du coup, elle me courrait après – en hurlant mon prénom – dans les couloirs, avec son balai ! Mais ça ne l’empêchait pas de m’adorer : tous les lundis matins, j’avais droit à une part de gâteau fait maison (car seuls ses chouchous y avaient droit). Elle était raciste comme pas deux, mais les étudiants noirs y avaient droit aussi : le classique et traditionnel racisme à géométrie variable !

Quelle époque !

1997 · STRASBOURG (67)

Musique pour feu de camp

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Dans les années quatre-vingt-dix, je fais des études de philosophie à la Faculté de Philosophie de l’Université de Strasbourg. Dans ce cadre, je fais mon mémoire de Maîtrise (1997) et mon mémoire de DEA (1998) – l’équivalent de l’actuel Master II Recherche – sous la direction du philosophe Philippe Lacoue-Labarthe (1940-2007). Il est collègue et ami de longue date du philosophe Jean-Luc Nancy (1940-2021), dont je suis également les cours dans le même établissement. Le binôme est à l’époque assez connu dans les milieux intellectuels européens et américains : leurs ouvrages font autorité et ils sont associés à la figure de Jacques Derrida (1930-2004) avec qui ils travaillent régulièrement. De notre côté, avec le Weepers Circus, à la fin de cette décennie-ci, nous existons déjà depuis dix ans – depuis 1988 exactement – mais nous ne sommes pas encore professionnels : nous le deviendrons progressivement à partir de 1998/1999. Or, en 1997, nous publions notre premier véritable album studio : Le Fou et la Balance, qui paraît donc après notre premier EP (sans titre) de 1995. J’ai l’idée alors de l’offrir à Lacoue-Labarthe et lui propose de nous donner son avis. Je sais qu’il est sensible à la musique actuelle et qu’il est assez proche de Rodolphe Burger – qui est un ancien élève du philosophe et également un ancien professeur de philosophie – et de son groupe Kat Onoma (qui a une certaine renommée, à l’époque, dans la presse culturelle parisienne de gauche). Quelques semaines plus tard, Lacoue-Labarthe m’envoie une lettre manuscrite, avec une graphie très structurée et ultra-minuscule – il me faut une loupe pour la lire – et me donne son avis sur notre album. J’en retiens cette phrase qui nous aura beaucoup fait rire : « C’est de la musique pour feu de camp ! », ce qui, sous sa plume, n’est pas du tout un compliment… ha ha ! Il faut dire que notre premier opus est un disque complètement folk, très influencé par Malicorne et Angelo Branduardi, et aussi par la musique médiévale. Nous y pastichons d’ailleurs l’ancien français. Et comme il est de même – ici et là – assez festif, Lacoue-Labarthe en a conclu qu’il est destiné à un public tout aussi festif. D’ailleurs, la presse de l’époque, et dans les années qui suivent, nous qualifie de groupe médiévalo-comique ! Appellation qui nous restera longtemps collée au cul, même lorsque nous prendrons un virage plus rock dans les années 2000. Bref, nous ne sommes pas des artistes à la mode du moment. Pour finir cette anecdote, je me souviens également d’un titre d’article publié à l’époque – en 1997 donc – par les Dernières Nouvelles d’Alsace et qui nous a beaucoup amusé : « Les Vipères Circus présentent leur premier album : Le Four et la Balance ». Entre le serpent et l’ustensile de cuisine, on était bien parti pour notre future carrière dans la musique !

1998 · BEUVEILLE (54)

L’un des pires concerts du Weepers Circus

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Le 21 février 1998, avec le Weepers Circus, quelques mois après la sortie de notre premier album, Le Fou et la Balance (1997), nous faisons l’expérience de l’un des pires — en même temps que l’un des plus hilarants (après coup) — concerts de notre carrière : l’événement a lieu dans un café fauché — c’est un euphémisme ! — et au nom réjouissant : La Grillade, à Beuveille, Lorraine, France (54).

À notre arrivée, en début d’après-midi, nous sommes accueillis par le sympathique tenancier qui, selon toute apparence, ne semble pas encore avoir désaoulé de la veille. N’ayant rien de plus intéressant à faire — et parce que nous tenons à honorer notre engagement — nous installons la sonorisation légère nôtre, sortons nos instruments et effectuons les balances : l’opportunité, pour nous, d’observer les joyeuses allées et venues des (rares) clients, tous aux visages burinés par l’ennui accoutumé, l’ébriété quotidienne et la classique grisaille de l’hiver lorrain. La lutte des classes à l’œuvre !

Arrive le repas du soir (avant notre prestation concertante) : l’occasion de manger des pâtes tièdes et vaguement saucées à la bolognaise de chez Lidl — servies dans une immense marmite métallique de cantine des années 1900 — nous-mêmes assis sur des poubelles de chantier, dans une arrière-salle non chauffée qui devait sans doute servir de remise à la mobylette du patron.

Arrive le concert : trois personnes — courageuses ou inconscientes — viennent nous écouter. Des anges célestes ? Une preuve de l’existence de Dieu ? Nous aurions dû noter leurs noms respectifs : nous aurions pu les honorer d’une médaille pour le mérite ! Mais, entre elles trois et juste devant nous sept… voici que se révèle un vieux baby-foot : en effet, le tôlier et ses amis en jouent bruyamment pendant notre prestation en ignorant totalement nos chansons. Leurs rires, commentaires et autres hurlements — avec consommation d’alcool avec force et vigueur — couvrent largement notre musique tout au long de notre performance.

Arrive la fin de l’épreuve-concert : le cafetier, à nouveau pleinement aviné au Pastis, renverse la caisse du soir sur le buffet de son riant établissement : « C’est tout ce que j’ai ! » À traduire par « Je n’ai presque pas de pognon à vous donner ! ». Nous éprouvons sincèrement de la peine pour le bonhomme titubant.

Enfin, nous partons — soulagés de prendre la route — et rentrons chez nous, à Strasbourg. Aujourd’hui, j’en rigole, mais, sur le moment, ce fut hautement pénible !

Éric Kaija Guerrier

2000 · STRASBOURG (67)

La bascule de l’an 2000

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Bien que nous sommes déjà en cours de professionnalisation depuis 1996/1998, en particulier grâce à notre premier (et dernier) producteur du moment, Bertrand Henry (avec sa collaboratrice / associée Karine Knochel-Sehr) pour Circus Production, c’est au cours de l’année 2000 que des événements vont accélérer le destin du Weepers Circus. À ce moment-là, le groupe est constitué d’Alexandre et Franck George, Denis Leonhardt et moi-même, mais, le 21 septembre, nous faisons l’expérience de notre toute première répétition avec Alexandre Goulec Bertrand, qui nous intègre là, de facto, en tant que percussionniste et batteur.

 

Mais, avant cette rencontre formidable et décisive – à la fois humainement et musicalement – nous avons la chance d’effectuer en tout 32 concerts au Théâtre du Tourtour, rue Quinquempoix, à Paris (4è), juste à côté du Centre Pompidou, par intermittence, du 16 mai au 7 octobre 2000. Nous y faisons alors la connaissance de Jean Favre, le directeur de ce lieu, et que l’on pourrait qualifier de Monsieur. En effet, dans notre milieu, tout le monde se tutoie et se fait la bise : pas avec Jean. Lui, on le vouvoie et on lui serre la main : devant lui, on ne fait pas le malin. Un type étrange d’ailleurs, assez âgé déjà à l’époque, distant, discret, mais extrêmement gentil, drôle et dont nous découvrons moult facettes tout au long de nos séjours au Tourtour. Par exemple, nous apprenons, par hasard, au gré des conversations avec les techniciens de la salle, qu’il fut un ami de Jacques Brel et de Boris Vian : nous sommes sur le cul ! Évidemment, impossible pour nous de ne pas lui en parler. Il nous raconte alors qu’il a séjourné aux Marquises avec Brel et qu’il a enregistré des entretiens avec lui : ils reposent toujours aux archives de la télévision française et n’ont jamais été exploitées. Par ailleurs, il a donc également fréquenté Vian, dont Franck George est un immense admirateur. Favre lui fait alors un immense cadeau : une édition originale de L’Arrache-Cœur (1953), signée de la main-même de l’auteur. Nous apprenons simultanément que Favre a également fait partie de l’équipe fondatrice d’Antenne 2, en 1975. Enfin, il est pleinement pince-sans-rire et nous le démontre dès le premier jour au théâtre : à notre arrivée, le 16 mai donc, il nous ouvre la porte et nous demande si nous sommes les pompes funèbres : nous sommes évidemment surpris par la question et nous nous présentons ! Il rajoute : « En effet, nous n’arrivons pas à décoller du siège, le cadavre de la dame qui est morte hier soir, pendant la représentation ! » Il finit par rire et… nous aussi, tout en étant dans l’expectative face au bonhomme à l’humour noir. Je rajoute, pour achever ce point, que Favre avait un goût prononcé pour l’ésotérisme dont il fut un sacré connaisseur : je m’en suis rendu compte lors de nos conversations quotidiennes. Pour ma part, j’étais déjà franc-maçon depuis 2 ans – j’ai été initié le 12 mai 1998 – et j’ai pu en parler avec lui, mais je ne sais toujours pas aujourd’hui s’il l’était lui-même. En tous les cas, il ne me l’a jamais dit. Par contre, il m’a prêté puis offert des éditions rares d’ouvrages de Fulcanelli et d’Oswald Wirth. Je lui en suis éternellement reconnaissant. Je n’ai qu’un regret : après nos séjours au Tourtour, je n’ai malheureusement pas maintenu le lien avec lui et, franchement, je le regrette. Il est décédé en 2007 et il nous manque.

 

Pour le reste de l’année 2000, d’autres événements nous portent.

 

Le 16 mai, nous rencontrons et décidons mutuellement d’œuvrer avec Microcosmos, un tourneur / chargé de diffusion de Lyon. Du 23 au 27 mai, diffusion, sur France Inter de notre chanson Je suis noble : c’est la première fois qu’un titre de notre répertoire est diffusé sur cette antenne. Par ailleurs, le 31 mai, première rencontre entre le groupe et Laurent Dubrule, directeur artistique chez Philips / Universal Music. Nous apprenons là que notre producteur, Bertrand Henry pour Circus Production donc, est en discussion depuis deux mois avec cette maison de disque. Conséquences : le 6 juin, dans les bureaux parisiens d’Universal Music, signature officielle d’une déclaration d’intention contractuelle entre Weepers Circus, Circus Production et la maison de disque. Le 21 juillet, à Paris toujours, signature définitive et officielle du contrat entre Circus Production – qui change de nom et devient Carpe Diem – et Universal Music. Le 25 juillet, à Strasbourg, signature définitive et officielle du contrat entre Weepers Circus et Carpe Diem pour Universal Music. Il s’agit d’un contrat de licence. Très vite, par la suite, feu Benoît Brayer devient notre directeur artistique. Enfin, le 6 octobre, signature officielle du groupe – dans les locaux d’Universal Music à Paris – avec les éditions Universal Publishings, avec Laurent Balandras comme directeur artistique. Laurent travaillera longtemps avec nous et restera notre éditeur musical, même après son départ d’Universal Publishings, et ce pendant de longues années. Pour ma part, dans le cadre de ma carrière en solo, il est toujours encore mon éditeur musical.

 

Par ailleurs, une autre rencontre décisive a lieu, celle avec Caroline Loeb. En effet, du 11 au 26 septembre, à Strasbourg, l’interprète de C’est la Ouate effectue avec nous un travail de mise en scène et d’essais de costumes signés Jean Paul Gaultier, qu’elle connaît personnellement. Nous serons donc habillés par le célèbre couturier dans les années qui suivent, pour différents spectacles nôtres. Caroline, outre sa carrière de chanteuse, effectue également celle de comédienne et de metteuse en scène d’artistes musiciens / chanteurs. 

Autres événements : la nuit du 1er au 2 octobre, nous effectuons notre toute première émission en live à France Inter : Sous les Etoiles Exactement, présentée par Serge Le Vaillant. Quatre chansons sont jouées en direct, plus un entretien. Nous y serons régulièrement invités par la suite. Et le 27 octobre, c’est notre toute première participation à l’émission – toujours à France Inter – Le Fou du Roi, présentée par Stéphane Bern, en direct et en public au studio 106 de la Maison de la Radio / Radio France, à Paris. Deux morceaux sont joués : une chanson nôtre et une reprise de Je m’suis fait tout p’tit de Georges Brassens, en duo magnifique avec Richard Lornac, talentueux pianiste de l’émission dont nous faisons la connaissance. Lornac est un mythe : il fut – entre autres – le pianiste attitré de Thierry Le Luron et de Joe Dassin. Nous serons finalement invités sept fois en tout au Fou du Roi : la septième fois, Bern me dit en plaisantant : « Encore vous ? ». En tous les cas, c’est à chaque fois l’occasion de rejouer avec Lornac, qui, par ailleurs, nous rejoindra même sur scène lors de l’un de nos concerts parisiens. C’est aussi dans le cadre de cette émission que nous rencontrons et discutons avec – entre autres – Amélie Nothomb, Jean d’Ormesson et Georges Moustaki. Nothomb et d’Ormesson : d’une incroyable gentillesse. Jean, quelques années plus tard, je le retrouverai dans le cadre d’un échange téléphonique avec lui : on voulait l’inviter pour notre livre-album N’importe où hors du monde (2011) qui, finalement et malheureusement, ne s’est pas concrétisé avec lui. Moustaki : on était comme des gosses face à ce géant de la chanson française. Nous lui avons dit explicitement que nous l’admirons ! Lui, il est resté terriblement humble.

 

Dernier événement notable quant à cette incroyable année 2000 : du 11 au 14 décembre, nous faisons un bref séjour à Vannes (56), en Bretagne, pour tourner le tout premier clip de la formation autour de la chanson Le cirque des gens qui pleurent, notre duo avec le groupe Bratsch qui paraît sur notre album L’Ombre et la Demoiselle (2000), notre premier disque chez Philips / Universal Music. Le vidéogramme est réalisé par Nicolas Bonnefous : un type incroyable de talent et de drôlerie. Je me souviens de fous rires inouïs en sa compagnie. Je ne sais pas du tout ce qu’il est devenu.

2000 · PARIS

Areski et sa fontaine

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Le 1er juin 2026, j’apprends la disparition d’Areski Belkacem, compositeur de génie (entre autres pour Jacques Higelin, Barbara et Georges Moustaki) et mari de Brigitte Fontaine. Or, j’ai eu la chance de rencontrer les deux.

1. Areski et moi avions déjeuné ensemble, en tête à tête, à Paris, sur l’Île Saint-Louis, au début des années 2000 : un monsieur très sympathique et chaleureux. Un grand compositeur et musicien aussi. L’occasion alors de causer d’art et de musique. Aujourd’hui, je ne sais plus du tout comment j’avais réussi à rendre possible cette rencontre.

2. Toujours dans les années 2000, Brigitte Fontaine et moi avions été présentés dans sa loge, après l’un de ses concerts (un fabuleux récital privé et confidentiel, nous étions une quinzaine au maximum dans la salle du Djamel Comedy Club, à Paris) : or, ça c’est plutôt assez mal passé entre elle et moi. Et pourtant, Olivia Ruiz et Laurent Balandras (mon éditeur musical et celui, à l’époque encore, du Weepers Circus) étaient là pour tenter de sauver les meubles. Mon crime ? L’avoir saluée en lui disant « Bonjour Madame Fontaine » : elle l’avait très mal pris et s’était montrée alors particulièrement désagréable avec moi. Il reste qu’elle est une immense autrice et interprète – entre autres – des chansons d’Areski. J’ai toujours rêvé de travailler avec elle.

2000 / 2005 · PARIS

Les années Universal

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En juillet 2000, grâce à notre producteur de l’époque, avec le Weepers Circus, nous avions signé un contrat de licence avec la major Universal Music, dans le label Philips, ainsi qu’un contrat d’édition avec Universal Music Publishings.

Nous avions publié deux albums (plus un troisième uniquement en éditions) dans ce cadre – L’Ombre et la Demoiselle (2000), Faites Entrer (2003) et La Monstrueuse Parade (2005) – plus une participation à un disque collectif en hommage à Brassens : Les Oiseaux de Passage (2001).

De mon point de vue, je trouve que l’expérience a été très sympathique : ça nous a permis d’être sur une rampe positive pendant quelques années. Ça nous a fait grandir… dans tous les sens du terme. L’expérience s’est arrêtée lorsque l’équipe avec qui nous avions œuvré est partie de la maison de disque : feu Benoît Brayer (à la direction artistique) et Laurent Balandras (aux éditions).

Ce dont je peux attester ici c’est que nous avions une totale liberté artistique : aucune pression (à ma connaissance) quant à nos choix éditoriaux.

Pour moi, c’était un peu l’âge d’or du groupe et nous étions à deux doigts d’une vraie reconnaissance publique. Il a manqué quelque chose, même si aujourd’hui je ne sais toujours pas quoi.

Nota Bene 1 : le bâtiment d’Universal est situé à proximité du Panthéon de Paris : un superbe et gigantesque immeuble dans le style art-nouveau. J’adorais cet endroit.

Note Bene 2 : quand je me baladais dans les couloirs d’Universal, je passais dans les bureaux des différents labels de la major (Mercury, Polydor, ECM, Island, etc.). J’y remarquais que toutes les assistantes et autres chargées de production… avaient des physiques de mannequins : un hasard ? Je ne le pense pas… ha ha !

2004 · STRASBOURG (67)

Les copains d’abord

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À partir des années 2000, nous avons régulièrement nos habitudes à France Inter, notamment dans les émissions Sous les Étoiles Exactement (présentée par Serge Le Vaillant) et Le Fou du Roi (présentée par Stéphane Bern), mais le 4 février 2004, pour la première et dernière fois, nous avons la chance d’être les invités d’une émission mythique qui nous est presqu’entièrement consacrée : Pollen / Les Copains d’Abord, présentée par feu Jean-Louis Foulquier (1943-2013). L’enregistrement a lieu au Forum Culturel du Blanc-Mesnil (93) et sera diffusé le 27 février 2004. Dans le cadre de cette spéciale Weepers Circus, sont invités de même : Olivia Ruiz et Laurent Vielle. Or, lors de ce moment, nous assistons à un discours proprement inattendu et positivement hallucinant du coprésentateur Didier Varrod, à propos du groupe. Après avoir été, ensuite et entre autres, le patron des programmateurs musicaux de France Inter, Didier est devenu, entre-temps, le directeur musical de Radio France. Voici un court extrait de la retranscription de sa longue présentation à notre sujet : « Et quand sur leur album on retrouve une chanson qui s’intitule La Renarde – qui est un duo [avec Olivia Ruiz, ndlt ] – et qui fait planer l’ombre presque spectrale de Juliette Gréco, on se dit que ces gens-là sont des gens totalement à part ! »

 

En amont, le matin du même 4 février 2004, nous faisons – pour la première fois – la rencontre / connaissance avec les Ogres de Barback, que nous suivons de loin depuis longtemps. Nous nous retrouvons à Ivry-sur-Seine (94), au Studio Tex Avril : le quatuor nous invite sur leur futur nouvel album – Terrain Vague (2004) – sur le titre 3-0 et dont le sujet traite du chauvinisme en France. Plusieurs artistes participent à ce même titre – Sanseverino, Massilia Sound System, Zebda – etc. – en fonction des régions respectives concernées : nous, bien entendu, on y chante le chauvinisme alsacien et j’y crie alors en dialecte alsacien. Quelques années plus tard, c’est à notre tour d’inviter les Ogres, pour un duo, dans notre livre-album Le Grand Bazar du Weepers Circus (2013), avec la chanson nôtre Dans l’Arche de Noé. Entre 2004 et 2013, il nous arrivera de nous retrouver sur scène, ici et là, lors de nos concerts respectifs.

2006 · STRASBOURG (67)

How’s Howe ?

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Je me souviens de cette rencontre incroyable et émouvante, en décembre 2006, avec le canadien John Howe, né en 1957, ancien étudiant (en 1977) à l’École Supérieure des Arts-Décoratifs de Strasbourg, en terre rhénane d’Alsace, illustrateur de génie, directeur et concepteur artistiques de la trilogie Le Seigneur des Anneaux (2001, 2002, 2003) de Peter Jackson, et de la trilogie Le Hobbit (2012, 2013, 2014) du même Peter Jackson.

Cette après-midi-là, le sublime Musée de l’Œuvre Notre-Dame de Strasbourg avait été fermé au public pour que Howe puisse le visiter. Le revoir d’ailleurs, car il le connaissait fort bien.

J’ai eu alors l’immense privilège de pouvoir l’y accompagner, seul donc, avec une journaliste des Saisons d’Alsace (une revue culturelle régionale qui consacrait, à cette époque, un numéro à l’artiste et dans lequel j’ai publié un article sur la Mystique Rhénane).

J’ai traversé les pièces du musée, dans l’obscurité naissante de décembre, en écoutant, stupéfait, les commentaires de Howe qui pouvait dater et reconnaître n’importe quelle sculpture ou armure.

Après la visite, nous sommes allés boire un coup et il m’a fait un très beau cadeau : il m’a dessiné un Gandalf tolkennien, aux crayons et aux feutres, en le dédicaçant pour le Weepers Circus.

Découvrez ou redécouvrez l’un de ses magnifiques ouvrages, consacré à la Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg : Cathédrale, éditions de la Nuée Bleue, Strasbourg, 1994.

2001–2009 · LA RENARDE

Une histoire de « La Renarde »

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La version originale de « La Renarde », qui est le premier de nos sept duos sur disques avec Olivia Ruiz, paraît dans l’album Faites Entrer du Weepers Circus. Or, cette chanson est initialement un hommage à Juliette Gréco.

Cette ritournelle mélancolique relate en partie une anecdote rapportée par notre éditeur musical Laurent Balandras, en 2001, chez Universal : dans sa maison de campagne, Gréco a vécu une sorte de rencontre prolongée avec un renard. Chaque matin, le petit animal vient lui réclamer du lait. Une sorte d’amitié insolite s’installe : quelque chose d’inédit et d’improbable ! Et quand elle n’est pas là, le renard ne vient pas, selon le témoignage de son mari Gérard Jouannest (le pianiste de Jacques Brel).

La chanson, écrite et composée par Franck George et Alexandre George, est finalement une rencontre symbolique entre cette anecdote et l’histoire du Petit Prince. Nous proposons évidemment cette chanson à Gréco pour interprétation, via son producteur Jean-Philippe Allard — mais, pour différentes raisons, la chose ne se fait pas.

Finalement, c’est Olivia qui l’interprète, suite à notre première rencontre en juin 2002. Alexandre lui chante « La Renarde » lors d’une rencontre, Olivia se met à en chanter le refrain, tous deux accompagnés d’une simple guitare : frissons et magie ! Nous décidons alors de l’enregistrer au Château de Lichtenberg, en Alsace, en octobre 2002.

Au cours de moult années, à partir de 2003, nous terminons chaque concert par « La Renarde » : si nous ne le faisons pas, nous nous faisons lyncher par le public… ha ha ha !

Vers 2008, j’ai eu la chance d’avoir Gréco plusieurs fois au téléphone. Je lui ai raconté l’histoire de la chanson et lui ai proposé de la chanter dans notre premier projet pour jeune public Weepers Circus à la Récré (2009). Malheureusement, là encore, ça ne s’est pas réalisé.

Éléments complémentaires par Franck George :
Sans le savoir, Alexandre et moi avions écrit chacun un bout de chanson pendant les vacances d’été. Je me souviens fredonner, accompagné de ma guitare, « moi j’voudrais juste qu’on m’apprivoise » sur la terrasse d’une vieille maison du hameau de Chavagnac (30). De retour à Strasbourg nous étions à la fois déçus d’avoir écrit tous les deux sur le même thème et heureux de se lancer un défi : et si nous assemblions ces deux bouts de morceaux ?

Éric Kaija Guerrier & Franck George

2009–2011 · L’Alsace, Montauban et Paris

Faire oeuvre avec Juliette Noureddine

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J’ai toujours été un grand admirateur du travail de la chanteuse Juliette Noureddine, dite Juliette, dite la patronne dans le métier : selon moi, elle est l’une des plus grandes interprètes francophones des trente dernières années. Mes collègues du Weepers Circus le pensaient aussi et le pensent toujours encore, j’imagine. En ce sens, nous avons longtemps rêvé de travailler avec elle, tout au moins d’avoir la chance de la rencontrer.

Par ailleurs, un jour, lors d’un entretien pour je ne sais plus quel média, elle a affirmé que si on veut lui faire plaisir, il ne faut surtout pas lui offrir des fleurs : ce qu’elle adore recevoir, c’est du bon pinard avec un saucisson sec.

Or, en 2008, j’apprends qu’elle vient faire un concert à la Briqueterie – l’ex-Salle des Fêtes – de Schiltigheim, en banlieue de Strasbourg : c’est là sa salle de prédilection lorsqu’elle vient en Alsace. Le jour du concert, le 26 avril 2008, je prends mon courage à deux mains et – dans l’après-midi – j’ose aller à la dite salle, en me disant qu’avec un peu de chance je vais pouvoir l’y saluer : j’achète du vin d’Alsace de qualité et j’y vais ! J’attends sur le parking : personne ! Tout à coup, chance inouïe, une bagnole s’y arrête et qui vois-je sortir du véhicule ? Juliette ! Elle faisait une tête d’enterrement et semblait être de très mauvaise humeur : je n’ignorais certes pas son caractère fort dont tout le monde parle dans le métier. Je me suis dit : merde, ça ne va pas aller ! Mais bon, je me lance : je vais vers elle, en m’affirmant et je la salue !

Bonjour, Juliette, vous ne me connaissez pas : je suis le guitariste du groupe Weepers Circus et nous sommes des fans de vous !

Son visage, d’un coup, s’illumine et elle me répond avec un grand sourire :

Bien sûr que je vous connais, les p’tits gars ! Enfin nous nous rencontrons ! Bienvenue ! Par contre, si tu veux qu’on soit copains, va falloir que tu me tutoies ! Sinon, ça va chier !

Rires partagés. Cela me confirme donc qu’elle avait déjà entendu parler de nous : en effet, les mois qui précèdent ce 26 avril, j’ai tenté de la contacter plusieurs fois – en vain – via sa maison de disque (Polydor / Universal) : visiblement mes messages étaient passés.

Cet après-midi-là, j’ai finalement passé plus d’une heure trente en tête à tête avec elle, dans les loges : elle ne semblait pas pressée de faire les balances pour le concert du soir. Quelle chance pour moi ! Je me sentais privilégié ! Nous avons bien discuté, beaucoup ri et ma bouteille l’a réjouie. Finalement, elle a invité tout le groupe pour le récital du soir et, bien entendu, c’était fabuleux : j’ai pris une sacrée claque ! Quelle interprète ! Et elle nous a invité à la retrouver, après le spectacle, à nouveau dans les loges : c’était magique pour nous.

Nous restons alors en contact dans les mois qui suivent et elle accepte notre invitation à effectuer un duo avec nous : une reprise de Boby Lapointe (dont nous sommes aussi des admirateurs), intitulée L’Hélicon, qui sera publiée sur notre premier livre-album pour jeune public Weepers Circus à la Récré (paru le 16 novembre 2009). Nous enregistrons sa voix sur notre interprétation instrumentale du titre, le 22 septembre 2009, au Studio Entouka, Paris, dans le 9è. Ce moment-là est exceptionnel pour nous. D’une part, voir Juliette à l’œuvre, c’est fabuleux. D’autre part, ceci : il se trouve que le papa de Juliette, feu Pierre Noureddine, était le clarinettiste attitré de Boby Lapointe. D’où – entre autres – notre choix pour ce duo. Par ailleurs, il se trouve que nous sommes à ce moment-là très amis avec la petite fille de Boby : Dany Lapointe, directrice du festival de Pézenas (dédié à l’œuvre de Boby). Et ce qui devait arriver… arriva : ce même 22 septembre, nous avons provoqué la rencontre historique entre Juliette et Dany et c’était magique. Une première pour elles. Elles se sont très bien entendues, toutes les deux héritières d’ancêtres d’exception qui ont travaillé ensemble dans les années soixante.

Par la suite, nous revoyons Juliette, ici et là : en particulier lors des conventions (c’est-à-dire de fêtes décadentes payées avec notre pognon) d’Universal – notre ex-maison de disque (de 2000 à 2004), chez Philips – mais aussi le 30 avril 2011, à nouveau à la Briqueterie, et, une fois de plus, à nouveau pour un concert incroyable !

Mais c’est le 1er juin 2011, que s’opère une bascule : nous revoyons la patronne lors du festival Alors… chante ! de Montauban (dans le 82). Nous y étions programmés et Juliette aussi. Le Weepers Circus passe alors une grande partie de la journée en sa compagnie. Or, lors du sympathique déjeuner partagé, sur une nappe en papier, elle improvise un superbe texte en prose qui figurera ensuite dans la partie ouvrage du livre-album N’importe où hors du Monde (qui paraît le 10 octobre 2011). Et c’est aussi ce jour-là qu’elle nous propose de mettre en scène le spectacle issu de cet opus conceptuel autour d’un poème de Baudelaire : ce que le groupe accepte bien entendu avec un immense plaisir – nous nous sentons très honorés et fort chanceux – d’autant plus que nous avons souvent travaillé avec des metteurs en scène par le passé (en particulier, vers 2000, avec Caroline Loeb, l’interprète du tube C’est la Ouate).

Chose dite, chose faite ! Nous faisons notre résidence de création pour ce spectacle du 2 au 12 septembre 2011, à l’Espace Tival du CRÉA à Kingersheim (en Alsace, dans le 68). Juliette arrive le 8 septembre : boulot intensif, en sa compagnie, jusqu’au 12 septembre. Elle bosse magnifiquement bien et ses idées sont excellentes. C’est d’ailleurs là sans doute l’un de nos spectacles le plus beau et aussi le plus ambitieux en matière visuelle (décors et lumières, en plus de la mise en scène) : un univers rétrofuturiste inspiré de la science-fiction américaine des années cinquante. Comme d’ailleurs l’esprit et le contenu du livre-album.

Mais tout a une fin. Parfois triste. En effet, par la suite, nous recroisons Juliette, mais avec une distance intersubjective de plus en plus marquée, et de façon de plus en plus espacée dans le temps : le lien s’est finalement rompu, sans explication d’ailleurs, et je le regrette. Elle me manque : je l’aime toujours. Mais cela fait bien longtemps qu’elle ne répond plus à mes textos ni à mes courriels. C’est un peu la norme dans ce métier : tout s’étiole !

2010–2011 · Jean Rochefort

Notre rencontre avec Jean Rochefort

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LA RENCONTRE ET LA COLLABORATION AVEC JEAN ROCHEFORT.

En 2011, avec le Weepers Circus, nous publions un livre-album assez ambitieux pour nous : N’importe où hors du monde. Un projet conceptuel entièrement tourné autour du poème Any Where Out Of The World (1867), extrait des Fleurs du Mal (1845-1867) – le titre est en anglais, mais le texte est en français – de Charles Baudelaire (1821-1867). Pour cette aventure-ci, comme à nos habitudes, nous sollicitons moult invités, à la fois pour des duos dans le cadre de la partie disque, mais aussi pour des textes inédits dans le cadre de la partie livre. Au final, plus de trente invités sont de l’aventure, dont Jean-Claude Carrière, Jean Fauque (le parolier d’Alain Bashung), Cali, Juliette Noureddine, Dominique A, Michel Rocard, Patrice Leconte, Jean-Luc Nancy, etc. Et Jean Rochefort qui, sur la dernière piste de l’album, dit le poème de Baudelaire sur une musique de Christine Ott aux ondes Martenot. Or la façon dont nous avons réussi à le contacter est assez surréaliste. En 2010, je cherche à prendre attache avec son agent : exercice impossible, car cette personne est toujours en rendez-vous ou en pause déjeuner, etc. Bref ; jamais disponible au téléphone et ne répond jamais à mes courriels. Sans doute que pour elle, nous ne sommes que des ploucs de Strasbourg, qui n’ont donc aucun intérêt. Alors, un peu désespéré, devant mon ordinateur, je me demande comment trouver une solution. Figurez-vous que je pense alors à une idée saugrenue mais qui – à ma grande surprise – s’avère finalement payante : je consulte l’annuaire des pages blanches de France Télécom ! Et sur qui je tombe ? Un certain Rochefort Jean, avec l’adresse postale parisienne et le numéro de téléphone fixe. Je reste persuadé qu’il s’agit d’un homonyme, mais je prends mon courage à deux mains, j’appelle et… qui me répond à l’autre bout dès le premier coup de fil ? Jean Rochefort lui-même, le vrai, l’unique, l’acteur de légende ! J’ai mon cœur qui bat la chamade et je n’en reviens pas. Je lui explique qui je suis, notre projet de l’inviter, etc. Il me répond : « Merci pour la proposition, j’y réfléchis, rappelez-moi la semaine prochaine et je vous donne ma réponse ! » La semaine suivante, je le rappelle et… ô merveille : il accepte ! Et le 3 février 2011, nous nous retrouvons à son domicile parisien, avec moi-même, Franck George du Weepers Circus et Mathieu Pelletier (le régisseur son du groupe pour ce disque), avec l’équipement d’un studio mobile. On est sous le choc et sous le charme : le monsieur que nous avons vu toute notre vie au cinéma et à la télévision est bel et bien là, devant nous. Nous n’en croyons pas nos yeux. Rochefort nous accueille alors chaleureusement, teinté d’humour distingué – il nous fait beaucoup rire – et, bien entendu, tout le long de l’après-midi, nous raconte moult anecdotes sur sa carrière, et notamment sa rencontre avec Johnny Hallyday pour le tournage d’un film de Patrice Leconte (qui figurera également sur notre présent livre-album), L’Homme du Train (2002), mais aussi son tournage catastrophique d’un film plus ou moins inachevé de Terry Gilliam, L’Homme qui tua Don Quichotte (2000-2018), initialement avec Johnny Depp et Vanessa Paradis. Nous, on est comme des gosses devant lui : nous nous pinçons pour savoir si ce que nous vivons là est bien réel. Une chose qui nous frappe aussi, c’est que lorsqu’il nous accueille, il nous précise qu’il « a aussi accepté de collaborer avec nous, parce que ses deux filles connaissent et aiment bien le Weepers Circus ! » Nous sommes positivement sidérés par cette annonce. Bref, l’enregistrement se passe fort bien – Rochefort boucle la lecture du poème de Baudelaire en deux prises seulement ! – et la journée se termine pour nous avec des paillettes dans les yeux. Je n’en reviens toujours pas, après toutes ces années, de l’avoir rencontré et aussi de le savoir présent dans l’annuaire public, à l’époque. Figurez-vous que j’ai tenté l’exercice téléphonique, avec la même technique, avec d’autres figures : Michel Bouquet, que nous avons fini par rencontrer également, mais la collaboration ne s’est finalement pas faite, malheureusement, mais aussi Michel Piccoli, Claude Rich et Bertrand Tavernier, que j’ai eu au téléphone de même, mais la rencontre dans la vraie vie n’a finalement pas eu lieu, malheureusement non plus. Tous ces gens sont à l’époque dans l’annuaire… dingue !

2010 – Paris

Rendez-vous manqué avec Anna Karina

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Le 8 juin 2010, avec Alexandre George et moi-même, du Weepers Circus donc, et aussi avec notre éditeur musical Laurent Balandras, après une émission à France Inter, nous passons l’après-midi à Paris, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, en compagnie de la comédienne, réalisatrice, chanteuse et écrivain Anna Karina (1940-2019).

Un moment magique, nostalgique, joyeux et précieux ! L’ancienne égérie de Serge Gainsbourg et l’ex-épouse de Jean-Luc Godard, nous avait fait part alors de son rêve de chanter un personnage dans la peau d’un clown. Du coup, peu après, je lui ai écrit et composé une chanson clownesque, mais fort triste : elle l’a écouté, mais n’a pas aimé… car justement trop emplie de tristesse.

Le duo Karina / Weepers ne s’est donc jamais réalisé. Et je le regrette. La chanson paraîtra finalement sans invité sur notre EP Les Inédits Hors du Monde (2013). Son titre : Le Clown

2011 · PARIS

Fauque ça créé

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Avec le Weepers Circus, nous avons toujours été de grands admirateurs d’Alain Bashung, et particulièrement de la deuxième partie de sa carrière. Et nous savions, comme tous les gens un peu avertis, que dans cette seconde période, il écrivait la plupart de ses textes en collaboration avec un certain Jean Fauque que je ne connaissais que de nom. Or, vers 2010, je trouve – en cherchant – ce dernier sur les réseaux et m’autorise à prendre contact avec lui.

C’est la période où nous travaillons sur un livre-album assez ambitieux pour nous : N’Importe où hors du Monde (qui paraît le 10 octobre 2011). Un projet conceptuel entièrement tourné autour du poème Any Where Out Of The World (1867), extrait des Fleurs du Mal (1845-1867) – le titre est en anglais, mais le texte est en français – de Charles Baudelaire (1821-1867). Pour cette aventure-ci, comme à nos habitudes, nous sollicitons moult invités, à la fois pour des duos dans le cadre de la partie disque, mais aussi pour des textes inédits dans le cadre de la partie livre. Au final, plus de trente invités sont de l’aventure, dont Jean Rochefort, Jean-Claude Carrière, Cali, Juliette Noureddine, Dominique A, Michel Rocard, Patrice Leconte, Jean-Luc Nancy, etc.

Je me sens tout petit et timide face à ce géant des mots, mais j’ose finalement proposer à Fauque d’y participer : ce qu’il accepte chaleureusement, à ma grande surprise.

Or il nous fait alors un cadeau incroyable : il nous écrit un texte explicitement en hommage à son frère de cœur Bashung. Ce titre, c’est Je nierai toujours que je n’irai jamais. Et c’est Denis Leonhardt, le clarinettiste et saxophoniste du groupe, qui en compose la musique. Et, cerise sur le gâteau : Fauque accepte d’y interpréter son texte. C’est qu’il a aussi une belle voix grave, le bonhomme. Nous l’enregistrons le 23 février 2011 au Studio Entouka, à Paris, dans le 9è : une rencontre et une expérience incroyables pour nous.

Par la suite, Jean montera l’une ou l’autre fois sur scène avec le groupe, pour y interpréter notre duo.

Par ailleurs, en sa compagnie, à mon initiative, je commence ensuite également un livre de ses mémoires : sa vie, son œuvre, Bashung, etc. Dans ce cadre, nous nous rencontrons quelques fois à Strasbourg et à Paris, lui et moi, en tête à tête, pour des entretiens enregistrés : une cinquantaine de pages dactylographiées par mes soins sont alors nées. Mais, pour des raisons (réelles) que j’ignore, Fauque a progressivement perdu toute motivation pour avancer et achever ce projet. Ce que je regrette. Il en avait / aurait des choses à raconter : les prémices et la naissance de son œuvre avec Bashung, bien sûr, mais aussi avec d’autres artistes, à savoir Jacques Dutronc, Johnny Hallyday, Vanessa Paradis, Lizzy Ling, Tchéky Karyo, ce dernier travaillant d’ailleurs plus tard avec le Weepers Circus dans les livres-albums N’importe Nawak (2016) et Panique dans la Forêt (2021), etc.

Ces pages inédites restent donc dans mon tiroir et ne sont, à ce jour, toujours pas publiées. À quoi bon d’ailleurs : elles sont inachevées. Aujourd’hui, je n’ai plus de contact avec Fauque et ça me fait bien de la peine : je l’apprécie beaucoup. Un type d’une incroyable gentillesse et d’une grande générosité… en plus de son talent. Mais bon, c’est un peu la loi du métier : on se perd de vue ! Je n’ai jamais compris pourquoi.

2012 – 2013 · PARIS

Les rivières du Dick

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Maître Jean Fauque, le parolier d’Alain Bashung – en fait entre autres de Bashung – a travaillé avec le Weepers Circus, avec la chanson Je nierai toujours que je n’irai jamais, un texte et un duo inédits – en hommage explicite à Bashung – parus sur notre livre-album N’Importe où hors du Monde (qui paraît le 10 octobre 2011). Un projet conceptuel entièrement tourné autour du poème Any Where Out Of The World (1867), extrait des Fleurs du Mal (1845-1867) – le titre est en anglais, mais le texte est en français – de Charles Baudelaire (1821-1867).

 

Or, lors de nos différentes rencontres, Fauque nous parle de Dick Rivers, l’un de ses proches amis pour qui il a écrit aussi, comme d’ailleurs pour d’autres artistes, à savoir Jacques Dutronc, Johnny Hallyday, Vanessa Paradis, Lizzy Ling, Tchéky Karyo, ce dernier travaillant plus tard avec le Weepers Circus dans les livres-albums N’importe Nawak (2016) et Panique dans la Forêt (2021), etc.

 

Nous connaissons mal Dick Rivers, dont nous n’avons jamais vraiment écouté les albums : alors je m’y mets ! Et, surprise, ses disques sont très bons, trouve-je ! Très loin de la caricature de rockeur sur le retour dont on l’affublait à l’époque. En plus, il est doté d’une voix magnifique. Il se trouve que Fauque nous suggère de l’inviter : il pense que l’alchimie pourrait fonctionner. Il nous donne son contact et je prends attache avec son agent. De fil en aiguille, un lien se tisse.

 

Au même moment, Franck George, violoncelliste et bassiste du Weepers Circus, écrit et compose un très joli titre : Super Héros. Nous pensons alors à Dick pour l’interpréter avec nous en duo. Je lui en envoie la maquette et… belle surprise, ça lui plaît ! Et il accepte de la chanter.

 

Nous nous retrouvons à Paris, au Studio Entouka, dans le 9è, le 25 septembre 2012, pour faire la prise. L’anecdote veut que je devais partir de Strasbourg en compagnie de Franck : mais un souci de santé de dernière minute l’en a empêché. Je me retrouve donc seul, en studio, avec Dick, avec son agent et l’ingénieur du son.

 

L’artiste vénérable interprète alors le titre avec brio : je suis hyper impressionné par le bonhomme. D’une gentillesse incroyable et doté d’un sacré sens de l’humour. Il me raconte aussi sa rencontre avec Elvis Presley : putain de bordel de merde ! Je n’en reviens pas !

 

La chanson Super Héros paraît ensuite sur notre livre-album (pour petits et grands enfants) Le Grand Bazar (publié le 19 avril 2013) : j’adore ce titre et ça aurait pu être un tube, franchement ! Mais les médias nationaux ignorent généralement les productions pour jeune public.

 

Je n’ai jamais plus revu Dick et je le regrette. Sa disparition (en 2019), m’a peiné.

D’autres anecdotes à venir  ·  Weepers Circus 1988—2013