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WEEPERS CIRCUS · 1988 — 2013

Coulisses

ANECDOTES  ·  HISTOIRES  ·  MÉMOIRES

1987 / 1988 – Bouxwiller et Strasbourg

Avant le Weepers Circus.

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Septembre 1987 : j’ai presque seize ans et j’entre en classe de Seconde au lycée de Bouxwiller, en terre rhénane d’Alsace. Un superbe palais néoclassique construit à l’époque du Deutsches Kaiserreich (1871-1918).

C’est là ma première Seconde car je vais la redoubler. Cette année-là est pour moi une magnifique bascule : j’y découvre alors les amitiés fortes et les premières amours passionnelles impossibles. Moi et mes collègues de l’époque, je crois qu’on a vraiment vécu une sorte de moment de grâce : les émotions nous dominaient et nous libéraient dans une sorte d’adolescence joyeuse. Curieusement, nous avions aussi déjà une certaine maturité : la question du sens nous intéressait. Quelques mois donc dans un écrin d’innocence. Et puis, j’avais de l’admiration pour les copains et (surtout) les copines. J’avais les cheveux longs, j’étais mince et beau.

Par la suite, une deuxième bascule va s’opérer, d’abord en août 1988 où je me fais tabasser par des voyous à Londres – provoquant là ma toute première dépression – puis lors de ma seconde Seconde, en septembre 1988, au Collège Lucie Berger, à Strossbùri / Straßburg / Strasbourg, toujours en terre rhénane d’Alsace, en section arts-plastiques et histoire de l’art : la rencontre amicale et artistique – à la fois passionnante et décisive – avec Franck George et la naissance du Weepers Circus (en octobre 1988). Franck et moi, mais aussi en compagnie de François Rachez, nous en sommes alors les cofondateurs.

1988 · Strasbourg (67)

Naissance du Weepers Circus.

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En septembre 1988, j’ai presque seize ans et j’intègre la classe de Seconde au Collège Lucie Berger de Strasbourg. Contrairement à ce que l’on pourrait penser avec cette appellation de collège, l’établissement accueille, à l’époque, des élèves de la Maternelle à la Terminale. La section que j’investis se nomme A3, c’est-à-dire littéraire et artistique (à savoir l’histoire de l’art et les arts-plastiques). L’institution est privée – sous contrat avec l’État – et protestante. Étant moi-même protestant luthérien d’héritage familial, ce lieu ne me semble pas très loin de mes références cultuelles et culturelles.

Le premier jour de la rentrée, il y a une tradition : un culte obligatoire pour tous les élèves, dans une église à proximité. Je m’assieds dans la nef et, à mes côtés, je remarque un type qui a presque la même apparence que moi : cheveux longs, lunettes à la John Lennon, look néo-hippie, ce qui, en cette fin des années quatre-vingt, n’est pas du tout à la mode chez les jeunes. Évidemment, en ces instants, nous sommes tous sensés chanter des cantiques poussiéreux et d’emblée ça m’ennuie, mais je tiens à faire bonne figure, alors je me dis que si que si le babacool à côté de moi chante, je chanterai aussi : nous nous observons du coin de l’œil tous les deux et nous avons bel et bien fini par chanter à deux voix sans le faire exprès. Et là, je suis sur le cul : le gars a une voix extraordinaire !

Le culte se termine et tous les élèves se retrouvent dans la cour de l’école. Je revois au loin mon voisin de cérémonie : on s’observe du coin de l’œil, intrigués que nous sommes tous les deux. Par ailleurs, tout le monde me regarde : j’étais encore très maigre mais déjà grand – 1m96 – et je portais un gilet sans manche en peau de mouton, ce qui, ici, dans un établissement tout de même essentiellement constitué de petits bourgeois urbains très à la mode vestimentaire, faisait un peu tache. Il y a même des élèves qui me prennent pour un assistant d’éducation : en effet, je fais plus vieux que mon âge. Par la suite, je serai alors très vite affublé des surnoms de berger et de Jésus.

Nous intégrons enfin nos classes respectives pour commencer les cours et hop… mon collègue hippie me toise dans le couloir – je le toise aussi d’ailleurs – et, finalement, se retrouve encore à côté de moi dans la salle : dingue, ce type est dans la même classe ! J’étais content ! Du coup, on se salue et on se présente : il s’appelle Franck George et à ce moment-là, je ne réalise pas encore que nos destins vont être liés pour de nombreuses années à suivre.

Dans les jours qui s’enchaînent, on fait connaissance et on s’entend très bien : on a – entre autres – à peu près les mêmes goûts pour les arts, en particulier quant à nos références musicales. Et je découvre rapidement qu’il est un sacré expert / fan des Beatles, quant à moi, je suis un admirateur de Pink Floyd. Au cours de nos conversations quotidiennes, nous réalisons que nous pratiquons tous les deux des instruments : lui, le violoncelle, moi, la guitare acoustique. Cela attise alors encore davantage notre curiosité l’un envers l’autre. Par hasard, lors des récréations, nous faisons la connaissance d’un troisième larron d’une autre classe : François Rachez. Il se trouve qu’il joue de la basse électrique. Très vite, nous sympathisons agréablement tous les trois.

En octobre 1988, nous avons une idée : et si nous faisions de la musique ensemble ? Et hop… commencent très vite les premières répétitions dans la salle polyvalente, au sous-sol de Lucie Berger. Nous improvisons et nous rions beaucoup : c’est essentiellement du bricolage, mais, finalement nous réussissons à pondre trois morceaux. Nous nous proposons alors de les interpréter lors de culte de Noël de l’établissement, en décembre 1988. Ce qui sera fait : c’est là notre tout premier concert !

Se pose alors la question du nom de notre trio. Il se trouve qu’au même moment, Franck et moi, nous devions travailler sur le thème du cirque dans nos cours d’arts-plastiques. Or, lors d’un week-end chez l’une de ses grands-mères, il bosse son dessin sur le sujet, sa mamie regardant au même moment un épisode de la série allemande Derrick. Franck remarque alors – dans le générique de fin – que l’acteur qui incarne l’assistant du flic s’appelle Fritz Wepper. Dans son travail plastique final, il baptise alors son cirque de Wepper’s Circus. Le nom du groupe est presque né.

Le lundi qui suit, il nous en parle, à moi et à François, et nous validons sans hésiter ce nom : nous aimons beaucoup cette thématique du cirque, ce qui, dans les années qui se succèderont, se retrouvera beaucoup dans nos spectacles dans lesquels la mise en scène, les décors et les costumes joueront un rôle considérable.

Va donc pour Wepper’s Circus.

Quelques temps plus tard, nous en parlons par hasard – au détour d’une conversation – à notre professeur de religion protestante – cours pleinement obligatoire à Lucie Berger – et c’est là qu’elle a une idée lumineuse qui marquera une étape dans notre parcours : « Wepper’s Circus, c’est joli, mais ça n’a pas tellement de sens puisque ce Monsieur Wepper ne représente rien d’essentiel pour vous, non ? » Nous sommes d’accord avec elle ! Elle rajoute : « Et si vous supprimiez un « p » et rajoutiez un « e » ? Cela ferait « Weepers Circus », le cirque des gens qui pleurent ! Qu’en pensez-vous ? » Nous étions sur le cul : elle avait complètement raison ! Et voilà, le nom définitif était né. Ce nom fait complètement sens par rapport à nos aspirations : le cirque, la mélancolie dans nos chansons, l’humour aussi, la quête de l’art total, etc.

Nous poursuivons ainsi tranquillement l’année scolaire 1988/1989 jusqu’à une étape décisive.

En effet, à la rentrée de septembre 1989, Alexandre, le frère de Franck, arrive à Lucie Berger, lui en Seconde, nous, désormais, en Première. Franck m’en parle beaucoup et me dit que son frangin aussi a un fort goût pour la musique. Nous décidons alors d’une rencontre informelle : un jour, j’arrive dans notre salle polyvalente de répétition, et là je découvre un grand gars, assis au piano, en train de chanter un standard de rock’n’roll. C’est le dit Alexandre, que Franck me présente donc : une voix de dingue, puissante et lyrique ! La grande classe ! Et voilà comment le frérot cadet de quatorze ans intègre le groupe immédiatement.

En moins d’un an donc, d’un trio nous devenons un quatuor : Alexandre, non seulement chante magnifiquement nos nouvelles chansons, mais en plus il joue du violon ! Parfait !

Ce line up sera alors notre première structure stable jusqu’en 1991, année à partir de laquelle s’opère l’arrivée progressive de nouveaux membres : Claude Guerrier (mon frère cadet) à la contrebasse (en 1991), Denis Leonhard à la clarinette (1991), Myriam Stricker au violon (1992), Delphine Freiss à la flûte traversière (1993), Fabrice Lemoine au bouzouki, au saze, à l’oud et à la guitare (1995), Luc Widmaier au violon (1996), Alexandre Goulec Bertrand à la batterie (2001) et Christian Houllé aux claviers (2007).

 

Remarque complémentaire d’Alexandre George :

Mon arrivée, c’est à peu près ça, mais si un jour je dois sortir Ma vérité sur les Weepers, ma vie, mon œuvre, ma recette de tomates farcies, je me dois de ne rien corriger si je veux en vendre au moins trois exemplaires.

1988 · 2000 France

Le renouveau Folk

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Le renouveau folk

1988 / 2000 – France

À la suite des événements de Mai 1968, donc à partir de la fin des années soixante, puis tout au long des années soixante-dix, il y a eu, en France, ce que l’on a appelé à l’époque le « renouveau folk » : une nouvelle génération de musiciens, dans la foulée des mouvements hippies aux États-Unis et de ce que l’on a nommé la « contre-culture » américaine, a redécouvert le patrimoine traditionnel de la chanson régionale française du Moyen-Âge, de la Renaissance, jusqu’aux XVIIIè et XIXè Siècles : ces artistes ont alors publié des disques et effectué des concerts en adaptant d’anciennes ritournelles avec l’ajout de sonorités modernes : Malicorne, La Bamboche, Tri Yann, Alan Stivell, etc.

En Alsace, à la même époque, le phénomène existe aussi, en grande partie spécifiquement dans le cadre d’utilisation du dialecte alsacien, avec des artistes passionnants et de haute qualité qui ont remis l’église au centre du village : Le Folk de la Rue des Dentelles, René Egles, Sylvie Reff, Roland Engel, François Brumbt, Roger Siffer, etc. Le mouvement s’essoufflera dans les années quatre-vingt, mais aura contribué de façon décisive à retrouver une mémoire patrimoniale, mais aussi de permettre une création à partir d’une filiation ancienne.

Or, avec le Weepers Circus, à nos débuts en 1988, et ce pendant une bonne première partie de notre carrière, nous aurons été très influencés par ces mouvances américaines, françaises et alsaciennes. D’ailleurs, après la publication d’une chanson nôtre en alsacien sur un disque collectif local, dans notre premier album, Le Fou et la Balance (1997), nous reprenons une adaptation d’une chanson (à l’origine traditionnelle donc) de Malicorne : Landry. Et quelques années après, nous aurons l’honneur de faire un concert en compagnie du regretté Gabriel Yacoub (1952-2025), cofondateur de Malicorne : plus tard, il chante même en duo avec nous sur l’un nos livres-disques pour jeune public (N’importe Nawak, paru en 2017). Par ailleurs, au début des années 2000, nous avons l’occasion de faire plusieurs premières parties de Tri Yann. Enfin, nous effectuons un duo avec Bratsch – un groupe français de folk influencé par les pays de l’Est et les Balkans – avec le titre Le Cirque des Gens qui pleurent, extrait de notre troisième album L’Ombre et la Demoiselle, paru en 2000.

1990 · Poivrots

L’expérience des poivrots d’après-concerts

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COMMENT FAIRE PARTIR UN POIVROT APRÈS UN CONCERT.

Lors d’une longue période, avec le Weepers Circus, nous participons à moult festivals plus ou moins rock’n’roll en matière de lieux et d’organisations. Souvent, nous jouons tard dans la soirée, dans une atmosphère humide, devant un public largement imprégné d’alcool qui hurle plus qu’il n’applaudit. Du coup, les après-concerts, dans la nuit avancée, sont parfois un peu compliqués à gérer. Or, pour une raison dont nous ignorons la cause, notre chanteur historique, Alexandre George, attire régulièrement les poivrots bien atteints et titubants qui viennent lui dire combien notre spectacle a été formidable, avec une voix chevrotante, un vocabulaire approximatif, une odeur de bière et, parfois, une cravate sur la tête : ils s’adressent à lui à deux centimètres de son visage, mettant évidemment mal à l’aise Alexandre qui, on le comprend, est profondément agacé par la situation. Or, ce dernier a rapidement trouvé une technique pour éloigner l’imbibé et elle fait largement ses preuves à de nombreuses occasions : Alexandre regarde le type saoul sur le front et non dans les yeux, tout en lui disant « Oui, oui, merci, oui, merci, oui, sympa, merci… ». L’imbibé n’est alors pas conscient de ce qui lui arrive, mais le fait qu’Alexandre le regarde sur le front, avec un air vague, le met très vite mal à l’aise. Du coup, par un phénomène magique, le soulard s’éloigne et laisse Alexandre enfin tranquille. Technique efficace, donc ! Chers amis musiciens / chanteurs, n’hésitez pas à utiliser cette technique légendaire : vous y gagnerez à chaque fois !

Éléments complémentaires par Alexandre George :

Exact, quand ce n’était pas moi qui avait également « une voix chevrotante, un vocabulaire approximatif, une odeur de bière et, parfois, une cravate sur la tête » 😉

1991 / 1996 · Strasbourg

À l’AUP et au Stift

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En octobre 1991, j’effectue ma première rentrée universitaire à Strossbùri / Straßburg / Strasbourg, en terre rhénane d’Alsace : une sorte de bouleversement dans ma vie de jeune adulte tout juste sorti du lycée.

Cette année-là, je découvre alors – aussi – l’Aumônerie Universitaire Protestante, avenue de la Forêt Noire, juste à côté du magnifique Palais Universitaire : un havre de paix et de joie. J’y fais en ce sens de bien jolies rencontres amicales, intellectuelles et spirituelles : les fameux offices du jeudi soir, les repas, les conférences, etc. Le protestant luthérien d’héritage familial que je suis… s’y sent donc parfaitement à l’aise. Je vais d’ailleurs même y occuper une chambre lors de l’année universitaire 1991 / 1992. Et avec le Weepers Circus, la chapelle de l’AUP sera alors notre premier lieu de prédilection pour nos répétitions post-lycée.

Par la suite, je vais investir un autre lieu universitaire protestant : le Stift, toujours à Strasbourg, quai Saint-Thomas. Ce foyer – essentiellement occupé par des étudiants en théologie protestante – est intégré dans le corps des bâtiments de la direction de l’Union des Églises Protestantes d’Alsace et de Lorraine : j’y effectue – de 1995 à 1996 – mon objection de conscience (un système alternatif qui remplaçait le service militaire tout juste pas encore aboli à ce moment-là) au titre d’assistant du directeur du Stift. Là encore, j’y habite et, toujours avec mes collègues du Weepers Circus, on répète régulièrement dans le hall d’accueil de l’UEPAL : j’avais les clefs !

L’AUP et le Stift, c’était vraiment sympathique et je suis certain que les étudiants actuels y trouvent toujours un chouette vécu.

Le Stift, de l’allemand Stiftung (fondation), est un peu un lieu mythique pour les théologiens locaux : moult aventures s’y passent (et pas toujours racontables) et les anciens ont toujours une ribambelle d’anecdotes à raconter. Moi, par exemple, je planquais le chariot à matériel de la femme de ménage, une alsacienne de la vieille école, à deux doigts de la retraite. Elle savait tout de suite que c’était moi ! Du coup, elle me courrait après – en hurlant mon prénom – dans les couloirs, avec son balai ! Mais ça ne l’empêchait pas de m’adorer : tous les lundis matins, j’avais droit à une part de gâteau fait maison (car seuls ses chouchous y avaient droit). Elle était raciste comme pas deux, mais les étudiants noirs y avaient droit aussi : le classique et traditionnel racisme à géométrie variable !

Quelle époque !

1991 / 1999 Strasbourg

Les années d’études

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Les années d’études

1991 / 1999 – Strasbourg

Dans les années quatre-vingt-dix, j’ai effectué mon cursus d’études à la Faculté de Philosophie de l’Université de Strossbùri / Straßburg / Strasbourg, en terre rhénane d’Alsace. J’en garde un souvenir plutôt mitigé, mais avec tout de même des moments où j’avais la sensation d’être nourri par l’intelligence : j’adorais, par exemple, les cours de Philippe Lacoue-Labarthe (1940-2007) et de Jean-Luc Nancy (1940-2021), deux philosophes mondialement connus (certes essentiellement dans les cercles universitaires de la philosophie). C’étaient là leurs dernières années d’enseignement avant la retraite.

Pour ma part, j’étais un élève assez médiocre jusqu’à l’obtention de la Licence : j’ai sué comme un sac, mais je me suis battu comme un chien. Une enseignante (de mauvaise qualité) m’avait d’ailleurs conseillé de changer de voie, mais j’ai persisté. Puis, en Maîtrise et en DEA (les équivalents des actuels Masters I et II), ça allait mieux : je m’étais spécialisé dans un domaine que je connaissais davantage que mon directeur (toujours Lacoue-Labarthe, et oui) des deux Mémoires (l’un en Maîtrise, l’autre en DEA), à savoir la mystique de l’Allemand Jakob Böhme (1575-1624) et son influence sur l’Idéalisme Allemand.

Je reviens en arrière : je me souviens, en deuxième année, nous suivions un cours obligatoire (de notre année donc) donné par (encore le même) Lacoue-Labarthe. Nous étions une petite cinquantaine à devoir le suivre et à en passer l’examen. Or, in situ, nous étions plus de 200 dans la salle : en effet, ce cours-là était tellement passionnant, que tous les étudiants de tous les niveaux (jusqu’aux doctorants) venaient y assister.

Bon, il est vrai aussi que Lacoue-Labarthe et Nancy avaient un p’tit côté gourou et une p’tite cour d’étudiants – et surtout d’étudiantes – existait autour d’eux : lorsque le maître (l’un ou l’autre) apparaissait dans le couloir pour entrer en salle, cette même cour s’arrangeait pour être à proximité et attendait – avec l’impatience des laquais – le moindre regard, la moindre parole personnelle pour elle. Moi, je n’en faisais pas partie car je n’en avais pas les codes : bien sucer une bite est tout un art et je suce très mal.

Pour le reste, avec les collègues de la Faculté, nous ne faisions pas tellement communauté : c’est sans doute ce qui m’aura le plus manqué dans ce cursus.

Sinon, je n’ai jamais passé les concours (ni le Capes, ni l’Agrégation) : d’une part, je n’avais pas le niveau, d’autre part, vers 1998, nous nous sommes progressivement professionnalisés avec mes amis du Weepers Circus et je ne voulais pas enseigner à cette époque-là (je le ferai, après mon départ du groupe, au titre de professeur contractuel, de 2013 à 2016, par intermittence). Je commence tout de même un doctorat (à l’École Pratique des Hautes Études, Vè section, celle des Sciences Religieuses, à Paris), mais que j’abandonne très vite : je préfère de loin l’aventure weepersienne. Le sujet : l’œuvre franc-maçonnique d’Oswald Wirth (1860-1943), à travers sa revue Le Symbolisme. Thèse sous la direction de Jean-Pierre Laurant (né en 1935), l’un des grands spécialistes de l’ésotérisme des XIXè et XXè Siècles, en France.

Nota Bene. Un lien supplémentaire se créé avec le Weepers Circus, en 2011 : Nancy nous écrit un texte inédit pour la partie livre de notre livre-album N’importe où hors du monde (en hommage à Charles Baudelaire).

1991 / 2001 Strasbourg

Amours défuntes

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Amours défuntes

1991 / 2001 – Strasbourg

 

En octobre 1991, j’effectue ma toute première rentrée à l’université. Lors de l’inscription, dans les couloirs du magnifique Palais Universitaire de Strossbùri / Straßburg / Strasbourg, en terre rhénane d’Alsace, je fais la connaissance stupéfiante et bouleversante d’une jeune femme – qui sera ma collègue étudiante toute cette année-là – toute habillée de noir avec un long manteau majestueux, des cheveux sombres fort longs et magnifiques, des yeux bleus lumineux et un visage d’une beauté inouïe : ce fut là l’une de mes plus sublimes et l’une de mes plus terribles passions amoureuses. Car un amour sans retour : un amour impossible donc. Un choc en tous les cas.

Je l’ai très vite surnommée Nuit Bleue et je lui ai explicitement dédiée ma chanson L’Angle et le Circulaire qui figure – dans sa première version – sur le premier EP publié (en 1995) par le Weepers Circus. Elle en aura eu connaissance.

J’ai perdu sa trace vers 1996, mais nous nous sommes revus une seule fois, lors de l’été 2001, dans les jardins du Palais Universitaire, à mon initiative et grâce à l’annuaire, pour faire enfin le deuil de ce qui fut – je peux le dire aujourd’hui – une tragédie affective pour moi. Depuis : plus aucune nouvelle de sa part. Je n’ai donc malheureusement aucune idée de ce qu’elle est devenue.

Aux détours de ma vie, cette rencontre m’aura été décisive : une sorte d’événement à la fois inaugural et déterminant !

Je répète d’ailleurs ce schéma immature et sans retour plusieurs fois (avant et après), notamment avec une autre rencontre féminine décisive, en 1996, à l’Aumônerie Universitaire Protestante (à Strasbourg aussi) : la Figure du Feu (le surnom que je lui ai donné à l’époque). Mais c’est là une autre histoire encore.

1992 Strasbourg

Requiem

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Requiem

1992 – Strasbourg

 

Au début des années quatre-vingt-dix, avec le Weepers Circus, nous nous sommes intéressés aux textes de la liturgie du Requiem traditionnel, dont nous ne connaissons évidemment que celui de Mozart. Nous en reprenons alors le suivi textuel en en gardant une partie en latin, et en utilisant, pour le reste, des traductions en français, allemand et anglais : et nous composons donc nos propres musiques sur ces textes traditionnels religieux. Résultat : de simples chansons !

Le 12 mai 1992, nous en proposons alors la première en public à l’oratoire de l’Église du Temple Neuf de Strasbourg. C’est là le dernier concert de François Rachez avec nous : il souhaite quitter le groupe.

La première partie du spectacle est donc consacrée à l’exécution de ce Requiem, la seconde partie est consacrée à des extraits du répertoire habituel de la formation. À cette occasion, Pierre « Papy » Rigal (à l’orgue d’église) et Ludovic Oblinger (aux percussions) nous y accompagnent. Pierre est à l’époque professeur de musique dans le secondaire et est également un éminent spécialiste des orgues d’Alsace.

 

Le 16 décembre 1992, nous proposons une deuxième exécution du Requiem, cette fois à l’église Saint-Nicolas, toujours à Strasbourg. Une exposition de nos peintures et de nos photographies illustre le concert. Cette soirée est aussi celle de ma première apparition en public à la viole de gambe : j’en joue depuis peu.

 

Il n’y aura jamais de disque ni d’enregistrement studio de ce Requiem, dont il ne reste que quelques traces : une captation vidéo médiocre et une prise de son aléatoire du premier concert, seulement pour nos archives.

1993 · Strasbourg

Vitraux

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Vitraux

1993 – Strasbourg

 

En mars 1993, le Service Audio-Visuel de la Faculté de Théologie Protestante de l’Université de Strasbourg, sous la direction du professeur Pierre Prigent, tourne un documentaire sur les vitraux de l’église protestante réformée Saint-Paul de Strasbourg, construite à la fin du XIXè Siècle, à l’époque donc du Reichsland (1871-1918). Le Weepers Circus en fait la musique : cette bande originale est intitulée Apocalupsis. Nous l’enregistrons avec les moyens du bord et en live : il n’y aura jamais de véritable enregistrement studio de cette musique, et bien entendu, par conséquent, elle n’apparaît sur aucun de nos disques. L’œuvre reste donc inédite.

1994 · Strasbourg

Deux rendez-vous manqués avec Pink Floyd

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Le 9 septembre 1994, le groupe Pink Floyd (versus David Gilmour, Nick Mason et Richard Wright, plus une flopée de musiciens additionnels) effectue un concert monumental au stade de la Meinau à Strossbùri / Straßburg / Strasbourg, en terre rhénane d’Alsace.

Avec mes collègues du Weepers Circus, nous avons bien évidemment nos billets pour y assister. L’après-midi avant le spectacle, nous nous retrouvons chez l’un d’entre-nous, histoire de passer le temps. Et là, une idée me vient : forcément, les britanniques dorment dans un hôtel strasbourgeois. Et si on prenait contact avec l’un d’entre-eux ? Et hop… je consulte l’annuaire – l’Internet et les mobiles n’existent pas encore – et je fais la liste des établissements au minimum de luxe.

J’appelle alors – au pif ! – le Régent Petite France en prenant un pseudo-accent anglais (oui, mon accent est catastrophique, je le reconnais) : – « Bonjour. Je suis Bob Ezrin, producteur de Pink Floyd. Je vous appelle de Londres. Il me faudrait parler à David Gilmour de toute urgence : pouvez-vous me le passer ? » Et là, stupéfaction dans les rangs weepersiens, la chargée d’accueil de l’hôtel me répond : « – Oui, bien sûr, je vous le passe ! ». Bon sang ! Là, je ne fais plus le malin ! Qu’est-ce que je vais pouvoir lui dire, à Gilmour ? Avec les collègues, on est alors partagés entre rires et inquiétudes.

Quelques minutes passent et la chargée d’accueil me reprend en ligne : « –Monsieur Ezrin, je suis désolée, Monsieur Gilmour et les Pink Floyd ont déjà quitté l’hôtel pour se rendre au stade de la Meinau. Dois-je laisser un message ? ». Ouf ! Je suis à la fois soulagé et déçu. Je réponds par la négative, salue et effectue les remerciements d’usage, et je raccroche. On s’est bien amusés. Un rien nous suffit.

Le soir-même, nous allons donc au concert : sans doute ce qui se fait de mieux à l’époque, sur la scène internationale. Voir et entendre les mythiques anglais in situ, ça nous fait quelque chose, même sans Roger Waters (qui manque à l’aventure) : le vieux fan que je suis est ému. Spectacle grandiose et magnifique !

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Le lendemain matin, je prends ma bicyclette et je file au Régent Petite France : avec un peu de chance, je vais y croiser Gilmour, Mason et Wright. J’arrive mais… pas de bol : ils sont déjà partis ! Encore une occasion manquée ! Tant pis… hi hi !

1994 · Strasbourg

Musée de l’Œuvre Notre-Dame

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Musée de l’Œuvre Notre-Dame

1994 – Strasbourg

 

Les 15 et 16 mars 1994, avec le Weepers Circus, nous avons la chance d’effectuer deux concerts à la suite dans l’une des salles prestigieuses du Musée de l’Œuvre Notre-Dame, place du Château, à Strasbourg : un lieu sublime, héritier des chantiers médiévaux de la cathédrale.

 

Ces deux représentations se font avec la participation de Jonathan Dunford à la viole de gambe, ancien disciple de Jordi Savall. Il est, à ce moment-là, mon professeur de cet instrument que j’utilise aussi – depuis peu – dans le cadre du groupe.

 

Ces concerts ont été organisés avec l’aide de la Faculté de Philosophie de l’Université de Strasbourg, la Ville de Strasbourg, et surtout le Collectif Étudiants / Enseignants pour Sarajevo : en effet, nous sommes en pleine guerre de l’ex-Yougoslavie. Les recettes des deux concerts ont été intégralement reversés au collectif.

1994 · Strasbourg

Fables

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Fables

1994 – Strasbourg

 

Les 8, 9 et 10 novembre 1994, avec le Weepers Circus, nous proposons un spectacle autour de Fables inventées. Il s’agit de notre travail second travail conceptuel (le Requiem, en 1992, en fut le premier). Ces trois spectacles ont lieu dans la Salle de la Table Ronde de l’Université de Strasbourg. Il s’agit de petites comptines de notre cru, mises en musique, et accompagnées de textes introductifs parlés, et ce pour chaque chanson. Des photographies, projetées à notre gauche, illustrent les chansons. À notre droite, est installé un système d’ombres chinoises qui représentent un village médiéval. La scène est bercée par différentes lumières de couleurs, orchestrées par Nicolas Aubry. Certaines de ces chansons figureront dans le premier album studio du groupe : Le Fou et la Balance (1997).

 

Au même moment, les militants de la Ligue Communiste Révolutionnaire organisent leurs festivités politiques dans le même bâtiment. Nous n’avons rien à voir avec leur projet, mais eux font savoir à qui veut l’entendre – en particulier aux instances de l’université – que nous sommes solidaires de leur événement. J’ai alors copieusement engueulé le connard qui menait la LCR de l’époque.

1995 · Strasbourg

Tempo

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Tempo

1995 – Strasbourg

 

Le 21 octobre 1995, est historique pour le Weepers Circus : nous effectuons notre toute première émission télévisée : Tempo (à France 3 Alsace). Entre Cookie Dingler, Adèle B. et The Stranglers, nous interprétons Les Filles de Joie (sur l’adaptation d’un texte du poète médiéval François Villon). Cette chanson nôtre est suivie d’un entretien entre Alexandre George, notre chanteur, et Christian Hahn, le présentateur de cette émission culturelle et humoristique. Christian aura alors été l’un des rares à nous soutenir dès nos débuts : il nous invitera régulièrement dans ses émissions. Merci à lui.

1997 · Strasbourg (67)

Musique pour feu de camp

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Dans les années quatre-vingt-dix, je fais des études de philosophie à la Faculté de Philosophie de l’Université de Strasbourg. Dans ce cadre, je fais mon mémoire de Maîtrise (1997) et mon mémoire de DEA (1998) – l’équivalent de l’actuel Master II Recherche – sous la direction du philosophe Philippe Lacoue-Labarthe (1940-2007). Il est collègue et ami de longue date du philosophe Jean-Luc Nancy (1940-2021), dont je suis également les cours dans le même établissement. Le binôme est à l’époque assez connu dans les milieux intellectuels européens et américains : leurs ouvrages font autorité et ils sont associés à la figure de Jacques Derrida (1930-2004) avec qui ils travaillent régulièrement. De notre côté, avec le Weepers Circus, à la fin de cette décennie-ci, nous existons déjà depuis dix ans – depuis 1988 exactement – mais nous ne sommes pas encore professionnels : nous le deviendrons progressivement à partir de 1998/1999. Or, en 1997, nous publions notre premier véritable album studio : Le Fou et la Balance, qui paraît donc après notre premier EP (sans titre) de 1995. J’ai l’idée alors de l’offrir à Lacoue-Labarthe et lui propose de nous donner son avis. Je sais qu’il est sensible à la musique actuelle et qu’il est assez proche de Rodolphe Burger – qui est un ancien élève du philosophe et également un ancien professeur de philosophie – et de son groupe Kat Onoma (qui a une certaine renommée, à l’époque, dans la presse culturelle parisienne de gauche). Quelques semaines plus tard, Lacoue-Labarthe m’envoie une lettre manuscrite, avec une graphie très structurée et ultra-minuscule – il me faut une loupe pour la lire – et me donne son avis sur notre album. J’en retiens cette phrase qui nous aura beaucoup fait rire : « C’est de la musique pour feu de camp ! », ce qui, sous sa plume, n’est pas du tout un compliment… ha ha ! Il faut dire que notre premier opus est un disque complètement folk, très influencé par Malicorne et Angelo Branduardi, et aussi par la musique médiévale. Nous y pastichons d’ailleurs l’ancien français. Et comme il est de même – ici et là – assez festif, Lacoue-Labarthe en a conclu qu’il est destiné à un public tout aussi festif. D’ailleurs, la presse de l’époque, et dans les années qui suivent, nous qualifie de groupe médiévalo-comique ! Appellation qui nous restera longtemps collée au cul, même lorsque nous prendrons un virage plus rock dans les années 2000. Bref, nous ne sommes pas des artistes à la mode du moment. Pour finir cette anecdote, je me souviens également d’un titre d’article publié à l’époque – en 1997 donc – par les Dernières Nouvelles d’Alsace et qui nous a beaucoup amusé : « Les Vipères Circus présentent leur premier album : Le Four et la Balance ». Entre le serpent et l’ustensile de cuisine, on était bien parti pour notre future carrière dans la musique !

1997/2001· Strasbourg (67)

Dürer à duré

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Lors d’une séquence du début de notre carrière discographique, nous avions choisi comme emblème une adaptation – par l’illustratrice Lise Herzog – du Narr mit der Waage, une gravure (en bois) d’Albrecht Dürer (1471-1528), publiée dans la première édition de l’ouvrage Das Narrenschiff (Bâle, 1494) de Sebastian Brant (1457-1521).

Cet emblème constitue alors le titre de notre premier album, Le Fou et la Balance (paru en 1997), et se retrouve au dos de ce disque, mais aussi au dos de l’EP qui suit, Je suis Noble (paru en 1998), de l’album suivant (sur le rond du CD), L’Épouvantail (paru 1999), et, dans une version sculptée, sur l’arrière de la pochette de l’album L’Ombre et la Demoiselle (paru 2000). Notre deuxième affiche officielle – celle donc de l’album L’Épouvantail – reprend la version adaptée de la gravure de Dürer. Et la troisième affiche – celle donc de L’Ombre et la Demoiselle – reprend ensuite la photographie de la pochette.

Le symbolisme du fou et de sa balance, j’en parle brièvement, plus loin, dans l’anecdote qui y est consacrée.

1998 · Beuveille (54)

L’un des pires concerts du Weepers Circus

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Le 21 février 1998, avec le Weepers Circus, quelques mois après la sortie de notre premier album, Le Fou et la Balance (1997), nous faisons l’expérience de l’un des pires — en même temps que l’un des plus hilarants (après coup) — concerts de notre carrière : l’événement a lieu dans un café fauché — c’est un euphémisme ! — et au nom réjouissant : La Grillade, à Beuveille, Lorraine, France (54).

À notre arrivée, en début d’après-midi, nous sommes accueillis par le sympathique tenancier qui, selon toute apparence, ne semble pas encore avoir désaoulé de la veille. N’ayant rien de plus intéressant à faire — et parce que nous tenons à honorer notre engagement — nous installons la sonorisation légère nôtre, sortons nos instruments et effectuons les balances : l’opportunité, pour nous, d’observer les joyeuses allées et venues des (rares) clients, tous aux visages burinés par l’ennui accoutumé, l’ébriété quotidienne et la classique grisaille de l’hiver lorrain. La lutte des classes à l’œuvre !

Arrive le repas du soir (avant notre prestation concertante) : l’occasion de manger des pâtes tièdes et vaguement saucées à la bolognaise de chez Lidl — servies dans une immense marmite métallique de cantine des années 1900 — nous-mêmes assis sur des poubelles de chantier, dans une arrière-salle non chauffée qui devait sans doute servir de remise à la mobylette du patron.

Arrive le concert : trois personnes — courageuses ou inconscientes — viennent nous écouter. Des anges célestes ? Une preuve de l’existence de Dieu ? Nous aurions dû noter leurs noms respectifs : nous aurions pu les honorer d’une médaille pour le mérite ! Mais, entre elles trois et juste devant nous sept… voici que se révèle un vieux baby-foot : en effet, le tôlier et ses amis en jouent bruyamment pendant notre prestation en ignorant totalement nos chansons. Leurs rires, commentaires et autres hurlements — avec consommation d’alcool avec force et vigueur — couvrent largement notre musique tout au long de notre performance.

Arrive la fin de l’épreuve-concert : le cafetier, à nouveau pleinement aviné au Pastis, renverse la caisse du soir sur le buffet de son riant établissement : « C’est tout ce que j’ai ! » À traduire par « Je n’ai presque pas de pognon à vous donner ! ». Nous éprouvons sincèrement de la peine pour le bonhomme titubant.

Enfin, nous partons — soulagés de prendre la route — et rentrons chez nous, à Strasbourg. Aujourd’hui, j’en rigole, mais, sur le moment, ce fut hautement pénible !

1998 · Paris

Laurent Balandras

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Laurent Balandras

1998 – Paris

 

Du 18 avril au 2 mai 1998, le Weepers Circus se déplace quinze jours à Paris et occupe le Théâtre du Sentier des Halles : c’est la première fois que la formation s‘exécute dans la capitale.

 

C’est dans ce cadre que nous faisons alors connaissance avec Laurent Balandras, qui travaille dans ce lieu comme chargé de communication. Or Laurent accompagnera longtemps le groupe par la suite : nous le retrouvons comme notre éditeur musical, en 2000, lors de notre signature à la fois en label et en éditions chez Universal Music. Mais il est aussi devenu un ami.

 

Après son départ de la multinationale, il continuera d’être l’éditeur weepersien pendant des années, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. En revanche, pour mon travail en solo, il l’est toujours encore.

1999 / 2000 – Marseille – Montauban

Les naufragés

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Le 19 novembre 1999, nous faisons un concert au Balthazar, à Marseille : il fait un temps radieux et donc fort agréable. Le lendemain, nous prenons la route pour rentrer à Strasbourg. Mais, manque de chance, la météo se dégrade et, à hauteur de Montauban, nous nous retrouvons pris dans une tempête de neige : nous sommes bloqués là pendant plusieurs heures sur l’autoroute où plus personne ne peut circuler.

Nous attendons-là, assez désespérés, et nous ne savons absolument pas quoi faire pour nous sortir de cette situation.

Finalement, une brèche est ouverte par les autorités et nous pouvons sortir de l’autoroute pour être accueillis dans un gymnase de fortune, aménagé par de nombreux bénévoles pour y recevoir de moult naufragés.

Une dame très gentille nous y reçoit pour nous expliquer comment rester ici la nuit : nous lui expliquons alors que nous avons un bus rempli d’instruments et de matériel que nous ne pouvons laisser sans surveillance. Et c’est là que le miracle se produit : cette dame décide de nous accueillir dans sa maison personnelle pour que notre équipement soit en sûreté.

Elle nous y accompagne et nous passons la nuit dans son immense et magnifique demeure avec jardin : seuls ! En effet, elle et son mari continuent de passer la nuit au gymnase au titre de bénévoles de sauvetage. Bref, elle nous fait complètement confiance alors qu’elle ne nous connaît évidemment pas du tout.

Le lendemain matin, après une bonne nuit de sommeil dans des lits fort confortables, la dame et son époux nous offrent un délicieux petit-déjeuner : nous sommes des chanceux !

Pour les remercier, nous leur faisons bien entendu un mini-concert acoustique dans le salon, avant de reprendre la route qui – nous dit-on – est désormais de nouveau en circulation.

Cet événement nous aura beaucoup marqué et nous sommes reconnaissants à ce couple de nous avoir recueillis.

Plus tard, Alexandre George composera une chanson en leur hommage qui raconte, de façon métaphorique, cette incroyable anecdote : Le cirque des gens qui pleurent. Elle figure sur notre album L’Ombre et la Demoiselle (2000) : il s’agit d’un duo joué et enregistré avec le groupe Bratsch dont nous serons, pendant quelques temps, assez proches. Un vidéogramme de cette chanson sera ensuite réalisé par Nicolas Bonnefous : il est tourné en bord de mer, à Vannes, ainsi que dans un chapiteau de cirque, toujours à Vannes.

1999 – 2005 · Autoroutes francaises

Grivoiseries

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Grivoiseries

1999 / 2005 – Autoroutes françaises

Lors de nos tournées françaises, avec le Weepers Circus, nous passons immanquablement par les autoroutes. Nous louons puis possédons une sorte de tour-bus aux vitres teintées, assez confortable, il faut le dire. Dans ce cadre, l’une de nos blagues consiste alors à faire des bruits de rapports sexuels et à secouer le véhicule lorsque nous arrivons aux sections de péage : celui d’entre-nous qui est au volant a donc l’air très con face à la personne qui prend les sous (parce qu’à l’époque, ces stations ne sont pas encore toutes automatisées). Voilà le genre de potacheries dont nous étions capables et ça nous faisait beaucoup rire.

2000 · Strasbourg (67)

La bascule de l’an 2000

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Bien que nous sommes déjà en cours de professionnalisation depuis 1996/1998, en particulier grâce à notre premier (et dernier) producteur du moment, Bertrand Henry (avec sa collaboratrice / associée Karine Knochel-Sehr) pour Circus Production, c’est au cours de l’année 2000 que des événements vont accélérer le destin du Weepers Circus. À ce moment-là, le groupe est constitué d’Alexandre et Franck George, Denis Leonhardt et moi-même, mais, le 21 septembre, nous faisons l’expérience de notre toute première répétition avec Alexandre Goulec Bertrand, qui nous intègre là, de facto, en tant que percussionniste et batteur.

 

Mais, avant cette rencontre formidable et décisive – à la fois humainement et musicalement – nous avons la chance d’effectuer en tout 32 concerts au Théâtre du Tourtour, rue Quinquempoix, à Paris (4è), juste à côté du Centre Pompidou, par intermittence, du 16 mai au 7 octobre 2000. Nous y faisons alors la connaissance de Jean Favre, le directeur de ce lieu, et que l’on pourrait qualifier de Monsieur. En effet, dans notre milieu, tout le monde se tutoie et se fait la bise : pas avec Jean. Lui, on le vouvoie et on lui serre la main : devant lui, on ne fait pas le malin. Un type étrange d’ailleurs, assez âgé déjà à l’époque, distant, discret, mais extrêmement gentil, drôle et dont nous découvrons moult facettes tout au long de nos séjours au Tourtour. Par exemple, nous apprenons, par hasard, au gré des conversations avec les techniciens de la salle, qu’il fut un ami de Jacques Brel et de Boris Vian : nous sommes sur le cul ! Évidemment, impossible pour nous de ne pas lui en parler. Il nous raconte alors qu’il a séjourné aux Marquises avec Brel et qu’il a enregistré des entretiens avec lui : ils reposent toujours aux archives de la télévision française et n’ont jamais été exploitées. Par ailleurs, il a donc également fréquenté Vian, dont Franck George est un immense admirateur. Favre lui fait alors un immense cadeau : une édition originale de L’Arrache-Cœur (1953), signée de la main-même de l’auteur. Nous apprenons simultanément que Favre a également fait partie de l’équipe fondatrice d’Antenne 2, en 1975. Enfin, il est pleinement pince-sans-rire et nous le démontre dès le premier jour au théâtre : à notre arrivée, le 16 mai donc, il nous ouvre la porte et nous demande si nous sommes les pompes funèbres : nous sommes évidemment surpris par la question et nous nous présentons ! Il rajoute : « En effet, nous n’arrivons pas à décoller du siège, le cadavre de la dame qui est morte hier soir, pendant la représentation ! » Il finit par rire et… nous aussi, tout en étant dans l’expectative face au bonhomme à l’humour noir. Je rajoute, pour achever ce point, que Favre avait un goût prononcé pour l’ésotérisme dont il fut un sacré connaisseur : je m’en suis rendu compte lors de nos conversations quotidiennes. Pour ma part, j’étais déjà franc-maçon depuis 2 ans – j’ai été initié le 12 mai 1998 – et j’ai pu en parler avec lui, mais je ne sais toujours pas aujourd’hui s’il l’était lui-même. En tous les cas, il ne me l’a jamais dit. Par contre, il m’a prêté puis offert des éditions rares d’ouvrages de Fulcanelli et d’Oswald Wirth. Je lui en suis éternellement reconnaissant. Je n’ai qu’un regret : après nos séjours au Tourtour, je n’ai malheureusement pas maintenu le lien avec lui et, franchement, je le regrette. Il est décédé en 2007 et il nous manque.

 

Pour le reste de l’année 2000, d’autres événements nous portent.

 

Le 16 mai, nous rencontrons et décidons mutuellement d’œuvrer avec Microcosmos, un tourneur / chargé de diffusion de Lyon. Du 23 au 27 mai, diffusion, sur France Inter de notre chanson Je suis noble : c’est la première fois qu’un titre de notre répertoire est diffusé sur cette antenne. Par ailleurs, le 31 mai, première rencontre entre le groupe et Laurent Dubrule, directeur artistique chez Philips / Universal Music. Nous apprenons là que notre producteur, Bertrand Henry pour Circus Production donc, est en discussion depuis deux mois avec cette maison de disque. Conséquences : le 6 juin, dans les bureaux parisiens d’Universal Music, signature officielle d’une déclaration d’intention contractuelle entre Weepers Circus, Circus Production et la maison de disque. Le 21 juillet, à Paris toujours, signature définitive et officielle du contrat entre Circus Production – qui change de nom et devient Carpe Diem – et Universal Music. Le 25 juillet, à Strasbourg, signature définitive et officielle du contrat entre Weepers Circus et Carpe Diem pour Universal Music. Il s’agit d’un contrat de licence. Très vite, par la suite, feu Benoît Brayer devient notre directeur artistique. Enfin, le 6 octobre, signature officielle du groupe – dans les locaux d’Universal Music à Paris – avec les éditions Universal Publishings, avec Laurent Balandras comme directeur artistique. Laurent travaillera longtemps avec nous et restera notre éditeur musical, même après son départ d’Universal Publishings, et ce pendant de longues années. Pour ma part, dans le cadre de ma carrière en solo, il est toujours encore mon éditeur musical.

 

Par ailleurs, une autre rencontre décisive a lieu, celle avec Caroline Loeb. En effet, du 11 au 26 septembre, à Strasbourg, l’interprète de C’est la Ouate effectue avec nous un travail de mise en scène et d’essais de costumes signés Jean Paul Gaultier, qu’elle connaît personnellement. Nous serons donc habillés par le célèbre couturier dans les années qui suivent, pour différents spectacles nôtres. Caroline, outre sa carrière de chanteuse, effectue également celle de comédienne et de metteuse en scène d’artistes musiciens / chanteurs. 

Autres événements : la nuit du 1er au 2 octobre, nous effectuons notre toute première émission en live à France Inter : Sous les Etoiles Exactement, présentée par Serge Le Vaillant. Quatre chansons sont jouées en direct, plus un entretien. Nous y serons régulièrement invités par la suite. Et le 27 octobre, c’est notre toute première participation à l’émission – toujours à France Inter – Le Fou du Roi, présentée par Stéphane Bern, en direct et en public au studio 106 de la Maison de la Radio / Radio France, à Paris. Deux morceaux sont joués : une chanson nôtre et une reprise de Je m’suis fait tout p’tit de Georges Brassens, en duo magnifique avec Richard Lornac, talentueux pianiste de l’émission dont nous faisons la connaissance. Lornac est un mythe : il fut – entre autres – le pianiste attitré de Thierry Le Luron et de Joe Dassin. Nous serons finalement invités sept fois en tout au Fou du Roi : la septième fois, Bern me dit en plaisantant : « Encore vous ? ». En tous les cas, c’est à chaque fois l’occasion de rejouer avec Lornac, qui, par ailleurs, nous rejoindra même sur scène lors de l’un de nos concerts parisiens. C’est aussi dans le cadre de cette émission que nous rencontrons et discutons avec – entre autres – Amélie Nothomb, Jean d’Ormesson et Georges Moustaki. Nothomb et d’Ormesson : d’une incroyable gentillesse. Jean, quelques années plus tard, je le retrouverai dans le cadre d’un échange téléphonique avec lui : on voulait l’inviter pour notre livre-album N’importe où hors du monde (2011) qui, finalement et malheureusement, ne s’est pas concrétisé avec lui. Moustaki : on était comme des gosses face à ce géant de la chanson française. Nous lui avons dit explicitement que nous l’admirons ! Lui, il est resté terriblement humble.

 

Dernier événement notable quant à cette incroyable année 2000 : du 11 au 14 décembre, nous faisons un bref séjour à Vannes (56), en Bretagne, pour tourner le tout premier clip de la formation autour de la chanson Le cirque des gens qui pleurent, notre duo avec le groupe Bratsch qui paraît sur notre album L’Ombre et la Demoiselle (2000), notre premier disque chez Philips / Universal Music. Le vidéogramme est réalisé par Nicolas Bonnefous : un type incroyable de talent et de drôlerie. Je me souviens de fous rires inouïs en sa compagnie. Je ne sais pas du tout ce qu’il est devenu.

2000 · Paris

Areski et sa fontaine

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Le 1er juin 2026, j’apprends la disparition d’Areski Belkacem, compositeur de génie (entre autres pour Jacques Higelin, Barbara et Georges Moustaki) et mari de Brigitte Fontaine. Or, j’ai eu la chance de rencontrer les deux.

1. Areski et moi avions déjeuné ensemble, en tête à tête, à Paris, sur l’Île Saint-Louis, au début des années 2000 : un monsieur très sympathique et chaleureux. Un grand compositeur et musicien aussi. L’occasion alors de causer d’art et de musique. Aujourd’hui, je ne sais plus du tout comment j’avais réussi à rendre possible cette rencontre.

2. Toujours dans les années 2000, Brigitte Fontaine et moi avions été présentés dans sa loge, après l’un de ses concerts (un fabuleux récital privé et confidentiel, nous étions une quinzaine au maximum dans la salle du Djamel Comedy Club, à Paris) : or, ça c’est plutôt assez mal passé entre elle et moi. Et pourtant, Olivia Ruiz et Laurent Balandras (mon éditeur musical et celui, à l’époque encore, du Weepers Circus) étaient là pour tenter de sauver les meubles. Mon crime ? L’avoir saluée en lui disant « Bonjour Madame Fontaine » : elle l’avait très mal pris et s’était montrée alors particulièrement désagréable avec moi. Il reste qu’elle est une immense autrice et interprète – entre autres – des chansons d’Areski. J’ai toujours rêvé de travailler avec elle.

2000 · Wien (Autriche)

Encres jetées

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Encres jetées

2000 – Wien (Autriche)

 

En août 2000, une étudiante autrichienne – Hanna Dorothée Hofhansl – vient d’achever et de présenter son mémoire de Maîtrise en philosophie / littérature à l’Université de Vienne. Le titre du travail : Amour et Destruction – Les poèmes de Sonja Guerrier – Poète d’expression française en Alsace (Diplomarbeit zur Erlangung des Magistergrades der Philosophie eingereicht an der Geisteswissenschaftlichen Fakultät der Universität Wien). Sonja est ma mère et Hanna D.Hofhansel est ma cousine germaine : elle cite alors le Weepers Circus à plusieurs reprises au sujet de la participation de certains de ses membres aux recueils des Encres Jetées, dirigés par Sonja : ces recueils sont des ouvrages collectifs (essentiellement de poésies) d’auteurs alsaciens. Dix numéros ont été publiés.

2000 · Strasbourg

Symbolisme de L’Ombre et la Demoiselle

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Symbolisme de L’Ombre et la Demoiselle

2000 – Strasbourg

 

Le 26 juillet 2000, avec le Weepers Circus, nous publions notre album L’Ombre et la Demoiselle (Philips / Universal Music). Il s’agit du troisième opus du groupe. Les figurines du disque sont celles qui ornent également l’affiche de la tournée qui en résulte : elles sont créées et imaginées par la plasticienne Audrey Gessat.

 

Symboliques a posteriori de l’image : elle est inspirée par des éléments empruntés à l’horloge astronomique de la cathédrale de Strossbùri / Straßburg / Strasbourg, en terre rhénane d’Alsace.

 

  1. L’astrolabe : il permet de mesurer la hauteur des astres et de lire l’heure en fonction de la position des étoiles ou du Soleil. Il symbolise ici le lien entre le macrocosme (l’infini) et le microcosme (le mesurable).

 

  1. La femme nue : elle est la figure du féminin sacré, de la mère universelle. Elle porte un globe dans sa main droite : symbole de la Terre, mais en sa vocation à s’arracher du corporel, de la matière. Elle a les yeux bandés : elle ne perçoit pas les souffrances des ombres de l’incarnation, car elle-même relève du monde spirituel, c’est-à-dire donc… suprasensible.

 

  1. Le fou et sa balance : allusion au premier album du groupe (Le Fou et la Balance, paru le 24 juillet 1997), il est une libre adaptation d’une gravure d’Albrecht Dürer (1471-1528). Le fou est en rouge, c’est-à-dire la couleur de l’initiation alchimique accomplie : praticien de l’extase mystique, il connaît à la fois les secrets de la nature terrestre et ceux des mondes d’en-haut. C’est pourquoi il est considéré comme fou : ce qu’il dit est incompréhensible pour les non-initiés. Sa balance témoigne de l’équilibre à trouver entre l’immanence et la transcendance.

 

  1. L’épouvantail et sa clarinette basse : allusion au second album du groupe (L’Épouvantail, paru le 6 septembre 1999). Il est le témoin muet des choses terrestres. Il est en bleu, c’est-à-dire la couleur de la sérénité. Il ne peut s’exprimer que par les émotions artistiques, d’où la clarinette basse (qui deviendra l’un des instruments emblématiques du Weepers Circus dans les années qui suivent).

 

  1. La porte : elle est située à gauche de l’affiche. Les trois personnages en sortent. Elle symbolise l’arrachement à l’ignorance et conduit donc à la connaissance (mais non au savoir) initiatique.

 

  1. Le char : il est rouge (même signification que la couleur portée par le fou). Douze étoiles en marquent la carrosserie : symboles des douze constellations astronomiques. La roue du char est tenue par sept rayons : le cercle est symbole de la pérennité et de l’infini ; les sept rayons symbolisent la perfection ou, autrement dit, le résultat du cheminement initiatique accompli.

2000 · Strasbourg

L’affaire du String

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L’affaire du string

2000 – Strasbourg

 

Au début des années 2000, lors d’un concert du Weepers Circus à La Laiterie de Strossbùri / Straßburg / Strasbourg, en terre rhénane d’Alsace, quelqu’un de non-identifié – mais de sans doute fort sympathique – m’avait balancé un string à la tête : ce vêtement rouge et dentelé, particulièrement sexy, avait la particularité d’avoir mon (premier) prénom brodé dessus : Éric. Or, j’avais beau scruter attentivement les premiers rangs du public, je n’ai jamais su qui m’avait fait ce délicat cadeau de bon goût, et… bien entendu, je le regrette aujourd’hui encore : peut-être l’amour de ma vie ? Bon, si cette personne se reconnaît, qu’elle me fasse signe… ha ha !

2000 · Strasbourg/Paris

Le regretté Cabu

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Au début des années 2000, avec le groupe, nous prenons le train Strasbourg – Paris : je ne sais plus pourquoi nous allons dans la capitale, sans doute pour un concert ou une radio.

Le train fait une halte à Nancy, et qui voyons-nous monter à bord pour s’asseoir non loin de nous ? Cabu (1938-2015) ! Un mythe pour nous ! Du coup, nous avons pris notre courage à deux mains et nous sommes allés lui parler : finalement, nous ferons tout le trajet en sa compagnie. L’homme est adorable, bienveillant, extrêmement joyeux et drôle : nous, on est comme des gosses admiratifs devant lui.

Puis, chance incroyable, il nous fait un dessin que nous conservons précieusement dans nos archives : le grand Duduche, habillé en ménestrel, en train de jouer du luth dans le train, avec, à côté de lui, le contrôleur sous la figure du Beauf visiblement agacé d’avoir un saltimbanque en train de faire du bruit dans le wagon.

Nous, évidemment, on est enchantés et honorés d’un tel cadeau. Sa mort, quelques années plus tard, nous aura énormément choqué et attristé, bien entendu à la fois quant à l’attentat lui-même – et ses innocentes victimes – et pour Cabu que nous adorions et adorons toujours.

2000 / 2005 · Paris

Les années Universal

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En juillet 2000, grâce à notre producteur de l’époque, avec le Weepers Circus, nous avions signé un contrat de licence avec la major Universal Music, dans le label Philips, ainsi qu’un contrat d’édition avec Universal Music Publishings.

Nous avions publié deux albums (plus un troisième uniquement en éditions) dans ce cadre – L’Ombre et la Demoiselle (2000), Faites Entrer (2003) et La Monstrueuse Parade (2005) – plus une participation à un disque collectif en hommage à Brassens : Les Oiseaux de Passage (2001).

De mon point de vue, je trouve que l’expérience a été très sympathique : ça nous a permis d’être sur une rampe positive pendant quelques années. Ça nous a fait grandir… dans tous les sens du terme. L’expérience s’est arrêtée lorsque l’équipe avec qui nous avions œuvré est partie de la maison de disque : feu Benoît Brayer (à la direction artistique) et Laurent Balandras (aux éditions).

Ce dont je peux attester ici c’est que nous avions une totale liberté artistique : aucune pression (à ma connaissance) quant à nos choix éditoriaux.

Pour moi, c’était un peu l’âge d’or du groupe et nous étions à deux doigts d’une vraie reconnaissance publique. Il a manqué quelque chose, même si aujourd’hui je ne sais toujours pas quoi.

Nota Bene 1 : le bâtiment d’Universal est situé à proximité du Panthéon de Paris : un superbe et gigantesque immeuble dans le style art-nouveau. J’adorais cet endroit.

Note Bene 2 : quand je me baladais dans les couloirs d’Universal, je passais dans les bureaux des différents labels de la major (Mercury, Polydor, ECM, Island, etc.). J’y remarquais que toutes les assistantes et autres chargées de production… avaient des physiques de mannequins : un hasard ? Je ne le pense pas… ha ha !

2001–2009 · Paris

Une histoire de « La Renarde »

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La version originale de « La Renarde », qui est le premier de nos sept duos sur disques avec Olivia Ruiz, paraît dans l’album Faites Entrer du Weepers Circus. Or, cette chanson est initialement un hommage à Juliette Gréco.

Cette ritournelle mélancolique relate en partie une anecdote rapportée par notre éditeur musical Laurent Balandras, en 2001, chez Universal : dans sa maison de campagne, Gréco a vécu une sorte de rencontre prolongée avec un renard. Chaque matin, le petit animal vient lui réclamer du lait. Une sorte d’amitié insolite s’installe : quelque chose d’inédit et d’improbable ! Et quand elle n’est pas là, le renard ne vient pas, selon le témoignage de son mari Gérard Jouannest (le pianiste de Jacques Brel).

La chanson, écrite et composée par Franck George et Alexandre George, est finalement une rencontre symbolique entre cette anecdote et l’histoire du Petit Prince. Nous proposons évidemment cette chanson à Gréco pour interprétation, via son producteur Jean-Philippe Allard — mais, pour différentes raisons, la chose ne se fait pas.

Finalement, c’est Olivia qui l’interprète, suite à notre première rencontre en juin 2002. Alexandre lui chante « La Renarde » lors d’une rencontre, Olivia se met à en chanter le refrain, tous deux accompagnés d’une simple guitare : frissons et magie ! Nous décidons alors de l’enregistrer au Château de Lichtenberg, en Alsace, en octobre 2002.

Au cours de moult années, à partir de 2003, nous terminons chaque concert par « La Renarde » : si nous ne le faisons pas, nous nous faisons lyncher par le public… ha ha ha !

Vers 2008, j’ai eu la chance d’avoir Gréco plusieurs fois au téléphone. Je lui ai raconté l’histoire de la chanson et lui ai proposé de la chanter dans notre premier projet pour jeune public Weepers Circus à la Récré (2009). Malheureusement, là encore, ça ne s’est pas réalisé.

Éléments complémentaires par Franck George :
Sans le savoir, Alexandre et moi avions écrit chacun un bout de chanson pendant les vacances d’été. Je me souviens fredonner, accompagné de ma guitare, « moi j’voudrais juste qu’on m’apprivoise » sur la terrasse d’une vieille maison du hameau de Chavagnac (30). De retour à Strasbourg nous étions à la fois déçus d’avoir écrit tous les deux sur le même thème et heureux de se lancer un défi : et si nous assemblions ces deux bouts de morceaux ?

Éric Kaija Guerrier & Franck George

2001–2009 · France

Les raides têtes

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La première fois que j’entends parler des Têtes Raides, c’est lors de la seconde moitié des années quatre-vingt-dix : c’est Denis Leonhardt du Weepers Circus qui nous présente la pochette du CD, soit de leur album Les Oiseaux (1992) soit de leur album Fleur de Yeux (1993), je ne m’en souviens plus très bien. D’emblée, j’avais été frappé par la beauté graphique de l’objet – qui ne se démentira jamais sur tous leurs disques (imageries créées par les Chats Pelés) – et par la qualité de la musique et des textes, et ce dès la première écoute. Entre-temps, je me suis constitué l’intégrale de leur discographie : je suis devenu, très vite, un admirateur inconditionnel de leurs travaux. Je complexais d’ailleurs face à eux : pour moi, ils étaient des grands de la chanson française, et non seulement je le pense toujours aujourd’hui, mais je considère même qu’ils sont mon groupe français préféré jusqu’ici.

Évidemment, je rêvais de les rencontrer et pendant longtemps, jamais je n’aurais pensé qu’une telle chose soit possible. Et pourtant, c’est arrivé.

Le 18 mai 2001, nous faisions un concert sous un chapiteau en bois, à Saint-Étienne, dans le cadre d’un festival. Il se trouve que les Têtes Raides y jouaient le même soir, pas loin, dans la salle Jeanne d’Arc : tout à fait par hasard, nous les avons rencontrés lors de notre arrivée. J’avais le trac et j’étais fasciné. Et là, surprise, le lendemain, ils nous proposent de rester une nuit de plus – ils se sont arrangés avec l’organisateur et l’hôtel – pour que nous puissions faire leur première partie pour leur concert du 19 mai : nous avions hésité à accepter parce que nous ne nous sentions pas du tout digne de cet incroyable cadeau. Et puis, nous l’avons fait… bien évidemment. Soirée inouïe : nous faisons notre tour de chant, puis, lors du spectacle des Têtes raides, ils nous invitent pour un duo avec eux. Je ne sais même plus ce que nous avons joué ensemble. Je crois que c’était un sacré foutoir, mais c’était fabuleux !

À partir de là, le contact est pris entre nos deux formations.

Nous finissons par nous retrouver le 29 avril 2002, lors d’un concert plus ou moins improvisé au lendemain de la qualification au second tour de l’élection présidentielle de feu Jean-Marie Le Pen : une sorte de témoignage de notre stupéfaction ! Nous y retrouvons une partie des Têtes Raides, avec également – entre autres – Yann Tiersen et Dominique A : nous y interprétons quelques titres ensemble. Là encore, je ne sais plus lesquels ni de quel artiste. Voir l’anecdote Res Publica.

C’est là que je commence particulièrement à sympathiser avec leur guitariste, Serge Bégout : nous nous rendons compte, lors nos discussions, que nous avons moult intérêts identiques pour la musique, les livres et le cinéma. Mais Serge est très timide : il faut l’approcher doucement ! Or, une fois en confiance, il devient le meilleur ami du monde.

C’est pourquoi nous l’avons invité à jouer sur notre album Faites Entrer (paru en 2003) : il est avec nous lors de quasiment toutes les sessions d’enregistrements, au château de Lichtenberg, en terre rhénane d’Alsace, en août et en septembre 2002. Il y joue de la guitare électrique et de la trompette qui figurent sur plusieurs titres de ce disque. Le soir, entre deux repas festifs, nous jouons ensemble aux échecs. Moi, j’adore ce jeu, mais j’y suis très mauvais. Serge, lui, en est un expert. À la suite de ce séjour, nous jouerons alors une partie qui durera plus d’un an. La règle : chacun envoie son coup en l’indiquant au dos d’une carte postale envoyée par la Poste ! Pas par courriel, ni par texto, ni par appel téléphonique ! Évidemment, j’ai perdu mais tellement content d’avoir vécu cette expérience-là avec lui.

Par la suite, c’est le 10 mars 2004, que nous retrouvons les Têtes Raides au complet, lors de leur concert au Palais des Fêtes de Strasbourg : nous faisons, une fois de plus, leur première partie puis, en rappel, un duo ensemble. Là encore, je ne me souviens plus du titre joué. Mais ils viennent sur scène en s’étant fixés du gros adhésif noir sur leurs mentons, pour faire une sorte de barbichette : c’est là un hommage à nous, car nous portions tous, à l’époque, une barbichette. Cohérence esthétique, en quelque sorte… ha ha ! Nous, on a trouvé ce geste très émouvant.

Depuis cette date, nous restons vaguement en contact avec eux, et moi, toujours souvent en contact avec Serge. En 2008, il nous rejoint d’ailleurs à Strasbourg pour enregistrer à nouveau des guitares pour notre livre-album pour jeune public Weepers Circus à la Récré (paru en 2009).

Pour finir : depuis mon départ du groupe, en 2013, je suis toujours – et fort régulièrement – en lien avec Serge. C’est même quasiment le seul artiste que j’ai rencontré, lors de mon parcours avec le Weepers Circus, avec qui je suis resté en relation : on s’appelle assez souvent et il m’envoie de temps en temps ses coups de cœurs en matière de bouquins.

Comme avec les Têtes Raides, nous avons également eu des liens un peu similaires avec les Ogres de Barback : voir l’anecdote Les copains d’abord.

2002 / 2003 – Colmar, Lichtenberg, Strasbourg & France

Avant la Femme Chocolat

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Avant la Femme Chocolat

2002 / 2003 – Colmar, Lichtenberg, Strasbourg & France

La rencontre avec Olivia Ruiz aura sans doute été, dans notre parcours de groupe, la plus importante et la plus décisive : la demoiselle a été la plus fidèle de nos rencontres dans le métier.

En 2001, commence la première saison de la Star Academy. Nous, bien qu’étant à ce moment-là signés chez Philips / Universal, nous sommes très loin de ce monde du showbiz parisien.

L’émission était diffusée en direct sur le câble télévisé et un jour nous apprenons, tout à fait par hasard, qu’Olivia de la Star’Ac’ a montré l’un de nos disques à l’écran en disant : « C’est ça qu’il faut écouter ! » Je n’en suis pas certain, mais je crois que c’était notre album L’Ombre et la Demoiselle (2000). Notre éditeur musical chez Universal, Laurent Balandras, nous explique alors qu’elle nous connaît et nous adore : nous sommes stupéfaits !

Du coup, nous la suivons dans le cadre de l’émission à laquelle – jusqu’ici – nous ne prêtions pas attention. En 2002, Olivia finit par sortir du Château – le lieu où sont enfermés les participants du jeu musical – et nous apprenons qu’elle souhaite vraisemblablement prendre contact avec nous.

Après sa libération, elle finit par laisser un message sur le répondeur du téléphone fixe d’Alexandre George – les portables n’existaient pas encore – et nous invite à venir la rencontrer à Colmar, dans le cadre d’un énorme concert de la tournée de la Star’Ac’.

La rencontre se fait alors après le spectacle : nous retrouvons Olivia dans les loges de la Foire Expo de Colmar. Elle est intimidée et nous aussi. L’occasion d’y croiser de même Jenifer et Jean-Pascal. Plus tard dans la soirée, elle nous invite dans sa chambre d’hôtel, à proximité : quelques heures d’échanges absolument délicieux. Cette fille est formidable ! Elle nous révèle qu’elle nous avait découvert en assistant à l’un de nos concerts – au Rockstore de Montpellier – avant qu’elle ne participe à l’émission de TF1. Elle souhaiterait également que nous lui fassions des chansons pour son premier album en solo post-Star’Ac’.

Quelques temps plus tard, Alexandre George la revoit sans nous autres : il a la bonne idée de lui chanter La Renarde – ressortie des cartons suite au refus du producteur de Juliette Gréco – et Olivia finit par la chantonner avec lui : frissons ! Voir l’anecdote à suivre pour l’origine et le destin de cette chanson.

Au cours des années qui vont suivre, nous publierons finalement sept duos sur disques avec Olivia : l’un sur son premier album en solo – J’aime pas l’Amour (2003) – et six sur nos propres disques. Nous ferons aussi énormément de concerts ensemble : au départ, elle fait notre première partie, puis, son succès colossal venant, nous faisons sa première partie… ce qui est logique !

Olivia aura aussi l’incroyable gentillesse de nous remercier lors de l’un de ses prix dans le cadre des Victoires de la Musique, en 2008 je crois. Elle nous cite aussi dans ses deux premiers livres : L’Oiseau Piment (aux éditions Textuel, Paris, 2007) et La Diva aux Pieds Nus (aux éditions des Étoiles, Enghien-les-Bains, 2011). Elle nous intègre enfin dans son livre de partitions, intitulé Goûtez-moi (2008), avec, évidemment, La Renarde.

Il est à noter que notre album Faites Entrer (2003), qui contient donc La Renarde, est paru quelques mois avant J’aime pas l’Amour (2003 aussi) : dans le laps de temps, nous étions régulièrement inondés de reproches et de critiques parce que nous avions eu le toupet de bosser avec une nana de la Star’Ac’ et donc de pactiser avec le diable, à savoir TF1. À ce moment-là, Olivia ne s’était pas encore défaite de cette image commerciale. Je me souviens même m’être fait engueuler par un professeur d’université, dans les couloirs du Palais Universitaire de la capitale alsacienne, à cause de cette collaboration naissante. Autre époque, n’est-ce pas ?

2002 – 2012 Strasbourg

Res Publica

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Res Publica

2002 / 2012 – Strasbourg

 Le Weepers Circus s’est toujours tenu à distance – publiquement – de la chose politique. Deux exceptions tout de même : de mon point de vue, avec du recul, deux erreurs.

 

En réaction aux résultats des élections du 1er Tour de l’Élection Présidentielle du 21 avril 2002, à savoir la qualification de Jean-Marie Le Pen, en prévision donc du 2d Tour du 05 mai 2002, ont lieu plusieurs manifestations, à Strasbourg et dans le reste de la France. À cette occasion, le 29 avril 2002, la salle strasbourgeoise de La Laiterie (à savoir l’association Artefact) a reçu Dominique A, Yann Tiersen, Izo & Serge Bégout des Têtes Raides, ainsi que Galisteo, dans le cadre d’une mini-tournée plus ou moins improvisée par ces dits artistes dans quatre villes particulièrement touchées par le succès du Front National : Strasbourg, Paris, Lille, Orléans.

L’après-midi : conférence des dits artistes à la Fnac (de Strasbourg) et invitation improvisée et spontanée – par Izo des Têtes Raides – du Weepers Circus, en vue du concert du soir. Le soir donc : concert à La Laiterie.

Après une première partie (interprétée par Galisteo) et avant les concerts de Dominique A, Yann Tiersen, Izo et Serge des Têtes raides, le Weepers Circus (sans Alexandre Goulec Bertrand, notre batteur, car nous n’avons pas eu le temps de le prévenir) joue deux chansons (Le Président de la Lune & Je m’suis fait tout p’tit de Brassens) en duo avec Izo (flûte irlandaise) et Serge (trompette).

C’est donc là la première des deux incursions publiques du groupe dans le champs politique. Voici la deuxième.

Le 28 mars 2012, le groupe effectue un concert au Palais des Fêtes de Strasbourg, en ouverture du discours de Martine Aubry, dans le cadre du soutien à la campagne présidentielle de François Hollande. En fin de soirée : dîner au restaurant de L’Atelier, avenue des Vosges, toujours à Strasbourg, en compagnie de Catherine Trautmann, Robert Herrmann, Jacques Bigot, Mathieu Cahn, Nathalie Jampoc-Bertrand, etc.

2003 – Paris

Brillant Blier

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BRILLANT BLIER

2003 – Paris

 

 

Le 3 décembre 2003, nous exécutons un concert au New Morning, à Paris, un lieu assez mythique. Il l’est en tous les cas davantage pour moi que les autres lieux parisiens dans lesquels nous avons joué : la Café de la Danse (qui, contrairement à son nom, n’est pas un café mais une vraie salle de spectacle), l’Européen, le Théâtre du Sentier des Halles (où nous avons fait la connaissance de notre futur éditeur musical Laurent Balandras), le Théâtre du Tourtour (où il s’est quand même passé beaucoup de choses assez fortes), etc.

Pendant ce spectacle du 3 décembre, j’aperçois dans la pénombre de la salle un type qui me dit quelque chose, mais que je n’arrive pas vraiment à identifier.

Après la représentation, Caroline Loeb – qui, à cette époque, fait notre mise en scène et qui est toujours présente à nos concerts parisiens – me présente cet étrange monsieur que j’ai aperçu du plateau. Et là, ô surprise ! Je le reconnais enfin : c’est feu Bertrand Blier (1939-2025).

Je n’en reviens alors pas qu’un metteur en scène de cinéma comme lui, aussi talentueux, soit venu nous voir / écouter : c’est Caroline qui l’y a invité.

J’en profite bien entendu pour lui dire mon admiration pour son travail et je le remercie d’être là : je suis face à une personne assez réservée, mais fort sympathique, douée d’un humour mordant et joyeux. J’ai évité de lui tenir la jambe toute la soirée post-concert, mais j’ai quand même tenu à échanger avec lui : c’était passionnant !

2003 – Paris

Chanson Boum

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Je me souviens de feu Hélène Hazera (1952-2026) : entre autres journaliste de la presse écrite et productrice / présentatrice de la mythique émission Chanson Boum à France Culture, elle avait une immense connaissance de la chanson française. Avec le Weepers Circus, nous y avons été invités l’une ou l’autre fois pour des entretiens et pour y jouer nos ritournelles : la première fois, c’était en direct, le 11 juin 2003. Elle aimait beaucoup notre premier répertoire néo-folk / néo-médiéval, beaucoup moins notre période ultérieure rock / électro. Le texte chanté était pour elle une figure centrale : d’ailleurs, plus généralement, elle avait une grande attention pour la poésie.

2004 · Strasbourg (67)

Les copains d’abord

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À partir des années 2000, nous avons régulièrement nos habitudes à France Inter, notamment dans les émissions Sous les Étoiles Exactement (présentée par Serge Le Vaillant) et Le Fou du Roi (présentée par Stéphane Bern), mais le 4 février 2004, pour la première et dernière fois, nous avons la chance d’être les invités d’une émission mythique qui nous est presqu’entièrement consacrée : Pollen / Les Copains d’Abord, présentée par feu Jean-Louis Foulquier (1943-2013). L’enregistrement a lieu au Forum Culturel du Blanc-Mesnil (93) et sera diffusé le 27 février 2004. Dans le cadre de cette spéciale Weepers Circus, sont invités de même : Olivia Ruiz et Laurent Vielle. Or, lors de ce moment, nous assistons à un discours proprement inattendu et positivement hallucinant du coprésentateur Didier Varrod, à propos du groupe. Après avoir été, ensuite et entre autres, le patron des programmateurs musicaux de France Inter, Didier est devenu, entre-temps, le directeur musical de Radio France. Voici un court extrait de la retranscription de sa longue présentation à notre sujet : « Et quand sur leur album on retrouve une chanson qui s’intitule La Renarde – qui est un duo [avec Olivia Ruiz, ndlt ] – et qui fait planer l’ombre presque spectrale de Juliette Gréco, on se dit que ces gens-là sont des gens totalement à part ! »

 

En amont, le matin du même 4 février 2004, nous faisons – pour la première fois – la rencontre / connaissance avec les Ogres de Barback, que nous suivons de loin depuis longtemps. Nous nous retrouvons à Ivry-sur-Seine (94), au Studio Tex Avril : le quatuor nous invite sur leur futur nouvel album – Terrain Vague (2004) – sur le titre 3-0 et dont le sujet traite du chauvinisme en France. Plusieurs artistes participent à ce même titre – Sanseverino, Massilia Sound System, Zebda – etc. – en fonction des régions respectives concernées : nous, bien entendu, on y chante le chauvinisme alsacien et j’y crie alors en dialecte alsacien. Quelques années plus tard, c’est à notre tour d’inviter les Ogres, pour un duo, dans notre livre-album Le Grand Bazar du Weepers Circus (2013), avec la chanson nôtre Dans l’Arche de Noé. Entre 2004 et 2013, il nous arrivera de nous retrouver sur scène, ici et là, lors de nos concerts respectifs.

2005 · Pézenas

Boby Lapointe tout en rondeur

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Boby Lapointe tout en rondeur

2005 – Pézenas

Le 17 avril 2005, concert du Weepers Circus au Foyer des Campagnes à Pézenas (34), dans le cadre du 6è Festival du Printival – Boby Lapointe.

 

À cette occasion, rencontre alors avec le fils (Jacky) et la petite fille (Dany) de Boby Lapointe, ainsi qu’avec Sam Olivier, directeur artistique du festival et archiviste / documentariste de tout ce qui concerne Boby Lapointe. Visite exceptionnelle du Musée Boby Lapointe en sa compagnie : Sam en est le conservateur. Lieu exceptionnel.

2006 · Strasbourg (67)

How’s Howe ?

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Je me souviens de cette rencontre incroyable et émouvante, en décembre 2006, avec le canadien John Howe, né en 1957, ancien étudiant (en 1977) à l’École Supérieure des Arts-Décoratifs de Strasbourg, en terre rhénane d’Alsace, illustrateur de génie, directeur et concepteur artistiques de la trilogie Le Seigneur des Anneaux (2001, 2002, 2003) de Peter Jackson, et de la trilogie Le Hobbit (2012, 2013, 2014) du même Peter Jackson.

Cette après-midi-là, le sublime Musée de l’Œuvre Notre-Dame de Strasbourg avait été fermé au public pour que Howe puisse le visiter. Le revoir d’ailleurs, car il le connaissait fort bien.

J’ai eu alors l’immense privilège de pouvoir l’y accompagner, seul donc, avec une journaliste des Saisons d’Alsace (une revue culturelle régionale qui consacrait, à cette époque, un numéro à l’artiste et dans lequel j’ai publié un article sur la Mystique Rhénane).

J’ai traversé les pièces du musée, dans l’obscurité naissante de décembre, en écoutant, stupéfait, les commentaires de Howe qui pouvait dater et reconnaître n’importe quelle sculpture ou armure.

Après la visite, nous sommes allés boire un coup et il m’a fait un très beau cadeau : il m’a dessiné un Gandalf tolkennien, aux crayons et aux feutres, en le dédicaçant pour le Weepers Circus.

Découvrez ou redécouvrez l’un de ses magnifiques ouvrages, consacré à la Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg : Cathédrale, éditions de la Nuée Bleue, Strasbourg, 1994.

2007 – Paris 

La double vie d’Irène Jacob

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La double vie d’Irène Jacob

2007 – Paris

 

J’ai toujours été plus ou moins amoureux de la comédienne et chanteuse Irène Jacob. La découvrir dans La Double Vie de Véronique (1991) et Trois Couleurs : Rouge (1994) de Krzysztof Kieślowski (1941-1996) a été un choc esthétique pour moi.

Je ne sais plus comment je me suis démerdé, mais j’avais réussi à la contacter, vers 2006, et à l’avoir au téléphone : le dialogue fut des plus sympathiques ! J’étais tellement ému.

Irène a fini par accepter de faire un duo avec nous sur Je crois entendre encore, sur notre album Tout n’est plus si Noir (paru en 2007). Et elle fait les chœurs sur la chanson Le K, sur le même album.

Je me souviens l’avoir attendu, comme pour un rendez-vous amoureux, sur une terrasse de café, à proximité du studio Acousti, à Paris, le jour de l’enregistrement de sa voix : je lui ai offert un énorme bouquet de roses blanches. J’avais l’impression de rencontrer le personnage de Véronique, du film de Kieślowski. Mon cœur battait fort : elle était adorable, drôle, intelligente et belle.

Quand elle enregistrait, c’était absolument magique ! Et je crois que le résultat est fort beau.

Plus tard, dans les mois qui ont suivi, un inconnu a réalisé une sorte de vidéogramme onirique à partir de Je crois entendre encore, et ce sans nous demander notre accord : manque de pot, Irène est tombée dessus avant nous et, furax, m’a engueulée au téléphone sous prétexte que nous avons réalisé un clip de notre duo sans son accord. J’ai eu beau lui expliquer que nous non plus nous n’étions pas au courant… je crois qu’elle est restée vexée. Depuis : plus de nouvelles ! Dommage !

2009 – Frankfurt (Allemagne)

Wir sind Rockstars

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WIR SIND ROCKSTARS

2009 – Frankfurt (Allemagne)

 

Le 17 décembre 2009, nous effectuons un concert à l’Internationales Theater de Francfort, en Allemagne.

Le lendemain, à l’hôtel, nous dégustons tous ensemble notre petit-déjeuner. Et comme à notre habitude, pour tenir le coup lors du trajet à suivre en bus de tournée, nous nous servons des mets du buffet pour nous faire des sandwichs.

Mais là, ce matin-là, ça n’a pas l’air de plaire à la patronne de l’hôtel : elle nous réprimande en nous disant qu’il n’est pas convenable de se servir en nourriture pour l’emporter.

Alors, l’un d’entre-nous lui réplique : « Wir machen, was wir wollen ! Wir sind rockstars ! » (« Nous faisons ce que nous voulons ! Nous sommes des rockstars ! »). Nous avons bien ri à la blague, mais la patronne, elle, n’a pas du tout apprécié.

Comme les toasts, nous étions grillés !

2009–2011 · L’Alsace, Montauban et Paris

Faire oeuvre avec Juliette Noureddine

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J’ai toujours été un grand admirateur du travail de la chanteuse Juliette Noureddine, dite Juliette, dite la patronne dans le métier : selon moi, elle est l’une des plus grandes interprètes francophones des trente dernières années. Mes collègues du Weepers Circus le pensaient aussi et le pensent toujours encore, j’imagine. En ce sens, nous avons longtemps rêvé de travailler avec elle, tout au moins d’avoir la chance de la rencontrer.

Par ailleurs, un jour, lors d’un entretien pour je ne sais plus quel média, elle a affirmé que si on veut lui faire plaisir, il ne faut surtout pas lui offrir des fleurs : ce qu’elle adore recevoir, c’est du bon pinard avec un saucisson sec.

Or, en 2008, j’apprends qu’elle vient faire un concert à la Briqueterie – l’ex-Salle des Fêtes – de Schiltigheim, en banlieue de Strasbourg : c’est là sa salle de prédilection lorsqu’elle vient en Alsace. Le jour du concert, le 26 avril 2008, je prends mon courage à deux mains et – dans l’après-midi – j’ose aller à la dite salle, en me disant qu’avec un peu de chance je vais pouvoir l’y saluer : j’achète du vin d’Alsace de qualité et j’y vais ! J’attends sur le parking : personne ! Tout à coup, chance inouïe, une bagnole s’y arrête et qui vois-je sortir du véhicule ? Juliette ! Elle faisait une tête d’enterrement et semblait être de très mauvaise humeur : je n’ignorais certes pas son caractère fort dont tout le monde parle dans le métier. Je me suis dit : merde, ça ne va pas aller ! Mais bon, je me lance : je vais vers elle, en m’affirmant et je la salue !

– Bonjour, Juliette, vous ne me connaissez pas : je suis le guitariste du groupe Weepers Circus et nous sommes des fans de vous !

Son visage, d’un coup, s’illumine et elle me répond avec un grand sourire :

– Bien sûr que je vous connais, les p’tits gars ! Enfin nous nous rencontrons ! Bienvenue ! Par contre, si tu veux qu’on soit copains, va falloir que tu me tutoies ! Sinon, ça va chier !

Rires partagés. Cela me confirme donc qu’elle avait déjà entendu parler de nous : en effet, les mois qui précèdent ce 26 avril, j’ai tenté de la contacter plusieurs fois – en vain – via sa maison de disque (Polydor / Universal) : visiblement mes messages étaient passés.

Cet après-midi-là, j’ai finalement passé plus d’une heure trente en tête à tête avec elle, dans les loges : elle ne semblait pas pressée de faire les balances pour le concert du soir. Quelle chance pour moi ! Je me sentais privilégié ! Nous avons bien discuté, beaucoup ri et ma bouteille l’a réjouie. Finalement, elle a invité tout le groupe pour le récital du soir et, bien entendu, c’était fabuleux : j’ai pris une sacrée claque ! Quelle interprète ! Et elle nous a invité à la retrouver, après le spectacle, à nouveau dans les loges : c’était magique pour nous.

Nous restons alors en contact dans les mois qui suivent et elle accepte notre invitation à effectuer un duo avec nous : une reprise de Boby Lapointe (dont nous sommes aussi des admirateurs), intitulée L’Hélicon, qui sera publiée sur notre premier livre-album pour jeune public Weepers Circus à la Récré (paru le 16 novembre 2009). Nous enregistrons sa voix sur notre interprétation instrumentale du titre, le 22 septembre 2009, au Studio Entouka, Paris, dans le 9è. Ce moment-là est exceptionnel pour nous. D’une part, voir Juliette à l’œuvre, c’est fabuleux. D’autre part, ceci : il se trouve que le papa de Juliette, feu Pierre Noureddine, était le clarinettiste attitré de Boby Lapointe. D’où – entre autres – notre choix pour ce duo. Par ailleurs, il se trouve que nous sommes à ce moment-là très amis avec la petite fille de Boby : Dany Lapointe, directrice du festival de Pézenas (dédié à l’œuvre de Boby). Et ce qui devait arriver… arriva : ce même 22 septembre, nous avons provoqué la rencontre historique entre Juliette et Dany et c’était magique. Une première pour elles. Elles se sont très bien entendues, toutes les deux héritières d’ancêtres d’exception qui ont travaillé ensemble dans les années soixante.

Par la suite, nous revoyons Juliette, ici et là : en particulier lors des conventions (c’est-à-dire de fêtes décadentes payées avec notre pognon) d’Universal – notre ex-maison de disque (de 2000 à 2004), chez Philips – mais aussi le 30 avril 2011, à nouveau à la Briqueterie, et, une fois de plus, à nouveau pour un concert incroyable !

Mais c’est le 1er juin 2011, que s’opère une bascule : nous revoyons la patronne lors du festival Alors… chante ! de Montauban (dans le 82). Nous y étions programmés et Juliette aussi. Le Weepers Circus passe alors une grande partie de la journée en sa compagnie. Or, lors du sympathique déjeuner partagé, sur une nappe en papier, elle improvise un superbe texte en prose qui figurera ensuite dans la partie ouvrage du livre-album N’importe où hors du Monde (qui paraît le 10 octobre 2011). Et c’est aussi ce jour-là qu’elle nous propose de mettre en scène le spectacle issu de cet opus conceptuel autour d’un poème de Baudelaire : ce que le groupe accepte bien entendu avec un immense plaisir – nous nous sentons très honorés et fort chanceux – d’autant plus que nous avons souvent travaillé avec des metteurs en scène par le passé (en particulier, vers 2000, avec Caroline Loeb, l’interprète du tube C’est la Ouate).

Chose dite, chose faite ! Nous faisons notre résidence de création pour ce spectacle du 2 au 12 septembre 2011, à l’Espace Tival du CRÉA à Kingersheim (en Alsace, dans le 68). Juliette arrive le 8 septembre : boulot intensif, en sa compagnie, jusqu’au 12 septembre. Elle bosse magnifiquement bien et ses idées sont excellentes. C’est d’ailleurs là sans doute l’un de nos spectacles le plus beau et aussi le plus ambitieux en matière visuelle (décors et lumières, en plus de la mise en scène) : un univers rétrofuturiste inspiré de la science-fiction américaine des années cinquante. Comme d’ailleurs l’esprit et le contenu du livre-album.

Mais tout a une fin. Parfois triste. En effet, par la suite, nous recroisons Juliette, mais avec une distance intersubjective de plus en plus marquée, et de façon de plus en plus espacée dans le temps : le lien s’est finalement rompu, sans explication d’ailleurs, et je le regrette. Elle me manque : je l’aime toujours. Mais cela fait bien longtemps qu’elle ne répond plus à mes textos ni à mes courriels. C’est un peu la norme dans ce métier : tout s’étiole !

2010–2011 · Paris

Notre rencontre avec Jean Rochefort

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LA RENCONTRE ET LA COLLABORATION AVEC JEAN ROCHEFORT.

En 2011, avec le Weepers Circus, nous publions un livre-album assez ambitieux pour nous : N’importe où hors du monde. Un projet conceptuel entièrement tourné autour du poème Any Where Out Of The World (1867), extrait des Fleurs du Mal (1845-1867) – le titre est en anglais, mais le texte est en français – de Charles Baudelaire (1821-1867). Pour cette aventure-ci, comme à nos habitudes, nous sollicitons moult invités, à la fois pour des duos dans le cadre de la partie disque, mais aussi pour des textes inédits dans le cadre de la partie livre. Au final, plus de trente invités sont de l’aventure, dont Jean-Claude Carrière, Jean Fauque (le parolier d’Alain Bashung), Cali, Juliette Noureddine, Dominique A, Michel Rocard, Patrice Leconte, Jean-Luc Nancy, etc. Et Jean Rochefort qui, sur la dernière piste de l’album, dit le poème de Baudelaire sur une musique de Christine Ott aux ondes Martenot. Or la façon dont nous avons réussi à le contacter est assez surréaliste. En 2010, je cherche à prendre attache avec son agent : exercice impossible, car cette personne est toujours en rendez-vous ou en pause déjeuner, etc. Bref ; jamais disponible au téléphone et ne répond jamais à mes courriels. Sans doute que pour elle, nous ne sommes que des ploucs de Strasbourg, qui n’ont donc aucun intérêt. Alors, un peu désespéré, devant mon ordinateur, je me demande comment trouver une solution. Figurez-vous que je pense alors à une idée saugrenue mais qui – à ma grande surprise – s’avère finalement payante : je consulte l’annuaire des pages blanches de France Télécom ! Et sur qui je tombe ? Un certain Rochefort Jean, avec l’adresse postale parisienne et le numéro de téléphone fixe. Je reste persuadé qu’il s’agit d’un homonyme, mais je prends mon courage à deux mains, j’appelle et… qui me répond à l’autre bout dès le premier coup de fil ? Jean Rochefort lui-même, le vrai, l’unique, l’acteur de légende ! J’ai mon cœur qui bat la chamade et je n’en reviens pas. Je lui explique qui je suis, notre projet de l’inviter, etc. Il me répond : « Merci pour la proposition, j’y réfléchis, rappelez-moi la semaine prochaine et je vous donne ma réponse ! » La semaine suivante, je le rappelle et… ô merveille : il accepte ! Et le 3 février 2011, nous nous retrouvons à son domicile parisien, avec moi-même, Franck George du Weepers Circus et Mathieu Pelletier (le régisseur son du groupe pour ce disque), avec l’équipement d’un studio mobile. On est sous le choc et sous le charme : le monsieur que nous avons vu toute notre vie au cinéma et à la télévision est bel et bien là, devant nous. Nous n’en croyons pas nos yeux. Rochefort nous accueille alors chaleureusement, teinté d’humour distingué – il nous fait beaucoup rire – et, bien entendu, tout le long de l’après-midi, nous raconte moult anecdotes sur sa carrière, et notamment sa rencontre avec Johnny Hallyday pour le tournage d’un film de Patrice Leconte (qui figurera également sur notre présent livre-album), L’Homme du Train (2002), mais aussi son tournage catastrophique d’un film plus ou moins inachevé de Terry Gilliam, L’Homme qui tua Don Quichotte (2000-2018), initialement avec Johnny Depp et Vanessa Paradis. Nous, on est comme des gosses devant lui : nous nous pinçons pour savoir si ce que nous vivons là est bien réel. Une chose qui nous frappe aussi, c’est que lorsqu’il nous accueille, il nous précise qu’il « a aussi accepté de collaborer avec nous, parce que ses deux filles connaissent et aiment bien le Weepers Circus ! » Nous sommes positivement sidérés par cette annonce. Bref, l’enregistrement se passe fort bien – Rochefort boucle la lecture du poème de Baudelaire en deux prises seulement ! – et la journée se termine pour nous avec des paillettes dans les yeux. Je n’en reviens toujours pas, après toutes ces années, de l’avoir rencontré et aussi de le savoir présent dans l’annuaire public, à l’époque. Figurez-vous que j’ai tenté l’exercice téléphonique, avec la même technique, avec d’autres figures : Michel Bouquet, que nous avons fini par rencontrer également, mais la collaboration ne s’est finalement pas faite, malheureusement, mais aussi Michel Piccoli, Claude Rich et Bertrand Tavernier, que j’ai eu au téléphone de même, mais la rencontre dans la vraie vie n’a finalement pas eu lieu, malheureusement non plus. Tous ces gens sont à l’époque dans l’annuaire… dingue !

2010 – Paris

Rendez-vous manqué avec Anna Karina

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Le 8 juin 2010, avec Alexandre George et moi-même, du Weepers Circus donc, et aussi avec notre éditeur musical Laurent Balandras, après une émission à France Inter, nous passons l’après-midi à Paris, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, en compagnie de la comédienne, réalisatrice, chanteuse et écrivain Anna Karina (1940-2019).

Un moment magique, nostalgique, joyeux et précieux ! L’ancienne égérie de Serge Gainsbourg et l’ex-épouse de Jean-Luc Godard, nous avait fait part alors de son rêve de chanter un personnage dans la peau d’un clown. Du coup, peu après, je lui ai écrit et composé une chanson clownesque, mais fort triste : elle l’a écouté, mais n’a pas aimé… car justement trop emplie de tristesse.

Le duo Karina / Weepers ne s’est donc jamais réalisé. Et je le regrette. La chanson paraîtra finalement sans invité sur notre EP Les Inédits Hors du Monde (2013). Son titre : Le Clown

2011 – Strasbourg

La philosophie

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La philosophie

2011 – Strasbourg

 

J’avais eu la chance de suivre les cours et les séminaires du philosophe Jean-Luc Nancy (1940-2021), à la Faculté de Philosophie de l’Université de Strossbùri / Straßburg / Strasbourg, en terre rhénane d’Alsace, de 1992 à 1998, aux côtés du philosophe Philippe Lacoue-Labarthe (1940-2007), ce dernier me dirigeant alors dans le cadre de mes mémoires de Maîtrise et de DEA (les équivalents des actuels Master I et II). Or, Nancy avait accepté de nous écrire un magnifique texte inédit pour la partie « livre » du livre-album N’importe où hors du Monde du Weepers Circus, paru en 2011. Il s’agissait d’un concept-album autour du poème Any Where out of the World (écrit vers 1860, publié en 1867) de Charles Baudelaire (1821-1867), en hommage à Edgar Allan Poe (1809-1849), avec moult invités (Jean Rochefort, Jean-Claude Carrière, Jean Fauque, Patrice Leconte, Cali, Juliette Noureddine, Dominique A, etc.).

2011 · Paris

Fauque ça créé

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Avec le Weepers Circus, nous avons toujours été de grands admirateurs d’Alain Bashung, et particulièrement de la deuxième partie de sa carrière. Et nous savions, comme tous les gens un peu avertis, que dans cette seconde période, il écrivait la plupart de ses textes en collaboration avec un certain Jean Fauque que je ne connaissais que de nom. Or, vers 2010, je trouve – en cherchant – ce dernier sur les réseaux et m’autorise à prendre contact avec lui.

C’est la période où nous travaillons sur un livre-album assez ambitieux pour nous : N’Importe où hors du Monde (qui paraît le 10 octobre 2011). Un projet conceptuel entièrement tourné autour du poème Any Where Out Of The World (1867), extrait des Fleurs du Mal (1845-1867) – le titre est en anglais, mais le texte est en français – de Charles Baudelaire (1821-1867). Pour cette aventure-ci, comme à nos habitudes, nous sollicitons moult invités, à la fois pour des duos dans le cadre de la partie disque, mais aussi pour des textes inédits dans le cadre de la partie livre. Au final, plus de trente invités sont de l’aventure, dont Jean Rochefort, Jean-Claude Carrière, Cali, Juliette Noureddine, Dominique A, Michel Rocard, Patrice Leconte, Jean-Luc Nancy, etc.

Je me sens tout petit et timide face à ce géant des mots, mais j’ose finalement proposer à Fauque d’y participer : ce qu’il accepte chaleureusement, à ma grande surprise.

Or il nous fait alors un cadeau incroyable : il nous écrit un texte explicitement en hommage à son frère de cœur Bashung. Ce titre, c’est Je nierai toujours que je n’irai jamais. Et c’est Denis Leonhardt, le clarinettiste et saxophoniste du groupe, qui en compose la musique. Et, cerise sur le gâteau : Fauque accepte d’y interpréter son texte. C’est qu’il a aussi une belle voix grave, le bonhomme. Nous l’enregistrons le 23 février 2011 au Studio Entouka, à Paris, dans le 9è : une rencontre et une expérience incroyables pour nous.

Par la suite, Jean montera l’une ou l’autre fois sur scène avec le groupe, pour y interpréter notre duo.

Par ailleurs, en sa compagnie, à mon initiative, je commence ensuite également un livre de ses mémoires : sa vie, son œuvre, Bashung, etc. Dans ce cadre, nous nous rencontrons quelques fois à Strasbourg et à Paris, lui et moi, en tête à tête, pour des entretiens enregistrés : une cinquantaine de pages dactylographiées par mes soins sont alors nées. Mais, pour des raisons (réelles) que j’ignore, Fauque a progressivement perdu toute motivation pour avancer et achever ce projet. Ce que je regrette. Il en avait / aurait des choses à raconter : les prémices et la naissance de son œuvre avec Bashung, bien sûr, mais aussi avec d’autres artistes, à savoir Jacques Dutronc, Johnny Hallyday, Vanessa Paradis, Lizzy Ling, Tchéky Karyo, ce dernier travaillant d’ailleurs plus tard avec le Weepers Circus dans les livres-albums N’importe Nawak (2016) et Panique dans la Forêt (2021), etc.

Ces pages inédites restent donc dans mon tiroir et ne sont, à ce jour, toujours pas publiées. À quoi bon d’ailleurs : elles sont inachevées. Aujourd’hui, je n’ai plus de contact avec Fauque et ça me fait bien de la peine : je l’apprécie beaucoup. Un type d’une incroyable gentillesse et d’une grande générosité… en plus de son talent. Mais bon, c’est un peu la loi du métier : on se perd de vue ! Je n’ai jamais compris pourquoi.

2011 · Paris

Michel Rock’Hard

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Michel Rock’Hard

2011 – Paris

En 2009, j’avais eu l’occasion de cosigner un article en collaboration avec l’ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard, en compagnie de deux de mes amies, Véronique Kretz et Charlotte Ricateau : disons que Rocard avec accepté de le signer avec nous. Il n’y a pas contribué réellement quant à son écriture. Son titre : Faire de Strasbourg la capitale intellectuelle de l’Europe. Il est paru dans une revue confidentielle intitulée Le Diable Probablement, le numéro 7, éditée par les éditions Verdier (Paris).

Quelques mois plus tard, vers 2010, je reprends contact avec son secrétariat pour lui proposer d’écrire un texte inédit pour la partie livre de notre livre-album N’importe où hors du Monde (2011), en lui expliquant le concept de ce projet autour d’un poème de Baudelaire.

Il m’a répondu – par courriel – qu’il était très touché par ma sollicitation, mais qu’il ne l’accepterait pas : « Toute ma vie, je me suis toujours préoccupé de CE monde : comment voulez-vous que je puisse écrire quelque chose qui se situe HORS de ce monde. » Je lui ai répondu que je comprends parfaitement. J’ai donc laissé tomber sa participation.

Or, en 2011, à ma grande surprise, il me relance : il m’explique que dans le cadre de ses missions diplomatiques aux pôles – nommé pour ce faire par le président Nicolas Sarkozy – il s’est retrouvé au Pôle Nord… complètement hors du monde. Il a alors repensé à notre projet et nous a écrit un texte sur ce thème lors de sa mission. Stupéfaction dans nos rangs ! Je l’ai évidemment immensément remercié.

Et voilà, sa méditation – très belle – fait désormais partie du dit livre-album.

2011 · Paris

Carrière de Carrière

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CARRIÈRE DE CARRIÈRE

2011 – Paris

Jean-Claude Carrière (1931-2021) m’a toujours impressionné. J’avais souhaité qu’il puisse également faire partie de l’aventure N’importe où hors du Monde (2011), mais j’avais peu d’espoir en ce sens : une telle carrière de scénariste et d’écrivain – avec les plus grands – me donnait l’impression qu’en aucun cas il n’accepterait de collaborer avec nous.

J’ai pris cependant mon courage à deux mains et j’ai contacté l’une de ses dernières maisons d’éditions – je ne sais plus laquelle – et à ma grande surprise, quelques semaines après, Carrière m’a téléphoné : je n’en suis pas revenu !

Par la suite, il m’a invité très sympathiquement à deux reprises dans sa maison parisienne : une immense bâtisse – une ancienne maison close du XIXè Siècle dans une jolie cour arborée – avec quasiment tous les murs couverts de milliers de livres ! Dans son immense salon, je vois de sublimes gravures d’Albrecht Dürer (1471-1528). Je lui dis : « Sont très réussies, vos reproductions ! ». Il me répond, hilare : « Ce ne sont pas des reproductions : ce sont des originaux ! » Je suis sur le cul !

Nous discutons alors beaucoup, et en particulier de questions spirituelles, un sujet qui l’intéresse énormément malgré son athéisme assumé.

Finalement, il accepte de travailler avec nous : il effectue en ce sens un récitatif – enregistré chez lui – sur notre chanson Passer de l’Ombre à la Lumière, extrait donc du livre-album N’importe où hors du Monde, mais également sur Quelque Part, extrait de notre EP Les Inédits hors du Monde (2013) : le texte de Quelque Part est de Carrière et il figure également dans la partie livre de N’Importe où hors du Monde. C’est un bien beau cadeau qu’il nous a fait là.

Par la suite, il nous rejoindra même sur scène à l’occasion de l’un de nos concerts parisiens.

J’ai été frappé par l’extrême modestie et l’incroyable générosité de sa personne.

2012 · Albi

Laurent Voulzy rencontre Paul McCartney

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Le 7 juillet 2012, à Albi, avec le Weepers Circus nous jouons au festival Pause Guitare.

À cette occasion, j’ai eu la chance de m’entretenir avec Laurent Voulzy qui participe également à ce festival : un monsieur fort sympathique – mais dont le travail artistique, je dois le dire, n’est guère dans mes goûts – qui m’a raconté ses moult rencontres / discussions avec Paul McCartney, ce qui n’a pas manqué de susciter mon admiration et ma curiosité.

Voulzy ma également évoqué ses séances d’enregistrement (pour son album Lys & Love, paru en 2011) aux mythiques studios d’Abbey Road, à Londres, là où les Beatles ont enregistré leur Grand-Œuvre.

J’apprends par la suite que Roger Daltrey des Who chante également sur Lys & Love.

Impressionné j’ai été !

C’est la période où nous travaillons sur un livre-album assez ambitieux pour nous : N’Importe où hors du Monde (qui paraît le 10 octobre 2011). Un projet conceptuel entièrement tourné autour du poème Any Where Out Of The World (1867), extrait des Fleurs du Mal (1845-1867) – le titre est en anglais, mais le texte est en français – de Charles Baudelaire (1821-1867). Pour cette aventure-ci, comme à nos habitudes, nous sollicitons moult invités, à la fois pour des duos dans le cadre de la partie disque, mais aussi pour des textes inédits dans le cadre de la partie livre. Au final, plus de trente invités sont de l’aventure, dont Jean Rochefort, Jean-Claude Carrière, Cali, Juliette Noureddine, Dominique A, Michel Rocard, Patrice Leconte, Jean-Luc Nancy, etc.

Je me sens tout petit et timide face à ce géant des mots, mais j’ose finalement proposer à Fauque d’y participer : ce qu’il accepte chaleureusement, à ma grande surprise.

Or il nous fait alors un cadeau incroyable : il nous écrit un texte explicitement en hommage à son frère de cœur Bashung. Ce titre, c’est Je nierai toujours que je n’irai jamais. Et c’est Denis Leonhardt, le clarinettiste et saxophoniste du groupe, qui en compose la musique. Et, cerise sur le gâteau : Fauque accepte d’y interpréter son texte. C’est qu’il a aussi une belle voix grave, le bonhomme. Nous l’enregistrons le 23 février 2011 au Studio Entouka, à Paris, dans le 9è : une rencontre et une expérience incroyables pour nous.

Par la suite, Jean montera l’une ou l’autre fois sur scène avec le groupe, pour y interpréter notre duo.

Par ailleurs, en sa compagnie, à mon initiative, je commence ensuite également un livre de ses mémoires : sa vie, son œuvre, Bashung, etc. Dans ce cadre, nous nous rencontrons quelques fois à Strasbourg et à Paris, lui et moi, en tête à tête, pour des entretiens enregistrés : une cinquantaine de pages dactylographiées par mes soins sont alors nées. Mais, pour des raisons (réelles) que j’ignore, Fauque a progressivement perdu toute motivation pour avancer et achever ce projet. Ce que je regrette. Il en avait / aurait des choses à raconter : les prémices et la naissance de son œuvre avec Bashung, bien sûr, mais aussi avec d’autres artistes, à savoir Jacques Dutronc, Johnny Hallyday, Vanessa Paradis, Lizzy Ling, Tchéky Karyo, ce dernier travaillant d’ailleurs plus tard avec le Weepers Circus dans les livres-albums N’importe Nawak (2016) et Panique dans la Forêt (2021), etc.

Ces pages inédites restent donc dans mon tiroir et ne sont, à ce jour, toujours pas publiées. À quoi bon d’ailleurs : elles sont inachevées. Aujourd’hui, je n’ai plus de contact avec Fauque et ça me fait bien de la peine : je l’apprécie beaucoup. Un type d’une incroyable gentillesse et d’une grande générosité… en plus de son talent. Mais bon, c’est un peu la loi du métier : on se perd de vue ! Je n’ai jamais compris pourquoi.

2012 – 2013 · Paris

Les rivières du Dick

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Maître Jean Fauque, le parolier d’Alain Bashung – en fait entre autres de Bashung – a travaillé avec le Weepers Circus, avec la chanson Je nierai toujours que je n’irai jamais, un texte et un duo inédits – en hommage explicite à Bashung – parus sur notre livre-album N’Importe où hors du Monde (qui paraît le 10 octobre 2011). Un projet conceptuel entièrement tourné autour du poème Any Where Out Of The World (1867), extrait des Fleurs du Mal (1845-1867) – le titre est en anglais, mais le texte est en français – de Charles Baudelaire (1821-1867).

 

Or, lors de nos différentes rencontres, Fauque nous parle de Dick Rivers, l’un de ses proches amis pour qui il a écrit aussi, comme d’ailleurs pour d’autres artistes, à savoir Jacques Dutronc, Johnny Hallyday, Vanessa Paradis, Lizzy Ling, Tchéky Karyo, ce dernier travaillant plus tard avec le Weepers Circus dans les livres-albums N’importe Nawak (2016) et Panique dans la Forêt (2021), etc.

 

Nous connaissons mal Dick Rivers, dont nous n’avons jamais vraiment écouté les albums : alors je m’y mets ! Et, surprise, ses disques sont très bons, trouve-je ! Très loin de la caricature de rockeur sur le retour dont on l’affublait à l’époque. En plus, il est doté d’une voix magnifique. Il se trouve que Fauque nous suggère de l’inviter : il pense que l’alchimie pourrait fonctionner. Il nous donne son contact et je prends attache avec son agent. De fil en aiguille, un lien se tisse.

 

Au même moment, Franck George, violoncelliste et bassiste du Weepers Circus, écrit et compose un très joli titre : Super Héros. Nous pensons alors à Dick pour l’interpréter avec nous en duo. Je lui en envoie la maquette et… belle surprise, ça lui plaît ! Et il accepte de la chanter.

 

Nous nous retrouvons à Paris, au Studio Entouka, dans le 9è, le 25 septembre 2012, pour faire la prise. L’anecdote veut que je devais partir de Strasbourg en compagnie de Franck : mais un souci de santé de dernière minute l’en a empêché. Je me retrouve donc seul, en studio, avec Dick, avec son agent et l’ingénieur du son.

 

L’artiste vénérable interprète alors le titre avec brio : je suis hyper impressionné par le bonhomme. D’une gentillesse incroyable et doté d’un sacré sens de l’humour. Il me raconte aussi sa rencontre avec Elvis Presley : putain de bordel de merde ! Je n’en reviens pas !

 

La chanson Super Héros paraît ensuite sur notre livre-album (pour petits et grands enfants) Le Grand Bazar (publié le 19 avril 2013) : j’adore ce titre et ça aurait pu être un tube, franchement ! Mais les médias nationaux ignorent généralement les productions pour jeune public.

 

Je n’ai jamais plus revu Dick et je le regrette. Sa disparition (en 2019), m’a peiné.

2023-2025 – Strasbourg 

Ces bouquets de fleurs

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Ces bouquets de fleurs

2023-2025 – Strasbourg 

Dans l’entourage du Weepers Circus, nous avons toujours eu quelques fidèles – je ne dirais pas fans – qui nous ont allègrement suivi et soutenu. L’un d’entre eux s’appelait Erwan Guignard. Il adorait le groupe. De Strasbourg, comme nous, il ne manquait aucun de nos concerts en Alsace. Nous le surnommions La Loutre : en effet, il avait l’humour et le rire faciles, et justement, son rire légendaire ressemblait au cri… d’une loutre. On l’adorait nous aussi. Malheureusement, le 1er juillet 2020, il est mort assassiné : ça a été un choc pour nous tous !

Alors Franck George lui a écrit / composé et dédié une chanson : Ces Bouquets de Fleurs. Et il a eu la bonne idée de même de nous réunir, la plupart des anciens du groupe avec le groupe actuel, pour enregistrer ce titre et de le publier comme single inédit. Il réunit donc pour la première fois depuis très longtemps la totalité des membres actuels en collaboration avec quatre des anciens membres (+ un invité) : nous y trouvons les Weepers de 2023/2025 avec Franck George, Denis Leonhardt, Christian Houllé et Alexandre Goulec Bertrand, accompagnés d’anciens, avec moi-même, Alexandre George, Luc Widmaier et Fabrice Lemoine. En invité : Jean-Sébastien Frühling (un autre fidèle ami du groupe).

L’enregistrement s’est finalement effectué le 19 mai 2023, aux Studios Downtown de Strasbourg, sur une journée complète : on y a plus ou moins improvisés les arrangements à partir du texte et de la mélodie de Franck.

En sortant de cette séance d’à la fois jolies et tristes retrouvailles – heureusement fort agréables parce que tout de même dans la bonne humeur malgré les circonstances – je me suis dit : maintenant j’ai fait le deuil, les Weepers c’est du passé, c’est fini pour moi. J’aurais mis dix ans, en somme.

La chanson est publiée sur les plateformes numériques le 26 novembre 2025. Je n’ai jamais compris pourquoi ça a mis tellement de temps pour paraître. C’est là ma dernière collaboration directe avec le groupe.

2025 – Alsace

Rêve

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La nuit du 5 au 6 octobre 2025, j’ai rêvé que j’assistais à un concert des Rolling Stones… dans une salle des fêtes de village, vraisemblablement quelque part en Alsace ! J’y arrive, mais personne ne me demande mon billet : j’y rentre donc gratuitement… à ma grande surprise. Je passe dans le couloir qui conduit vers l’espace scénique et j’y croise – ô étonnement mien ! – Mick Jagger : je n’ose pas lui parler. J’entre dans la salle, le concert commence : fabuleux, bien entendu ! Au bout de vingt minutes, interruption du spectacle : Mick Jagger se plaint qu’il y ait des moines dominicains dans la salle. Il est annoncé que le concert sera alors déplacé vers un autre espace scénique – immense, celui-ci ! – juste à côté… et l’on invite les gens à s’y rendre. J’y vais donc et j’observe les roadies installer le matériel sur la scène. Nous patientons, nous, les spectateurs, le retour des Rolling Stones : et donc, je me retrouve là, dans les gradins, avec mes ex-collègues du Weepers Circus, et je leur raconte que j’ai croisé Mick Jagger. Évidemment, ils ne me croient pas. Je me réveille.

2026 · Strasbourg

Entretien

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ENTRETIEN

2026 – Strasbourg

 

  • Vous avez cofondé le Weepers Circus en 1988, avec Franck George et François Rachez, et vous en êtes parti en 2013, soit (presque) 25 ans plus tard. Quel bilan tirez-vous de cette longue expérience ?

 

  • Un bilan très largement positif, avec la conscience d’une intensité certaine des émotions et du partage avec mes ex-collègues, ainsi qu’avec le public. Je mesure la chance que j’ai eu de vivre une telle aventure humaine et artistique. Surtout aussi longtemps. Après mon départ, j’ai mis environ dix ans à faire le deuil du groupe : depuis 2023, la chose est réglée. Je l’ai réalisé lorsque cette année-là nous nous sommes retrouvés pour enregistrer un single inédit – Ces Bouquets de Fleurs – en hommage à Erwan Guignard, un ami (décédé dans des conditions tragiques) du Weepers Circus : y étaient présents le line-up actuel de la formation, avec, en sus, quatre anciens membres, dont moi.

 

  • Avez-vous toujours des liens avec le groupe ?

 

  • Oui, assez régulièrement. J’ai même retravaillé avec l’un ou l’autre d’entre eux sur mes projets en solo. Il est certain que quelque chose s’est rompu – mon départ n’a pas été une chose facile – mais je crois que les aigreurs passées sont… passées, et pour eux, et pour moi.

 

  • Avez-vous des regrets ?

 

  • Oui, certainement. Entre 2000 et 2005, s’est opérée une sorte d’ascension pour nous : il n’a pas manqué grand-chose pour que le succès véritable soit au rendez-vous. Ça ne s’est malheureusement pas réalisé et, bien entendu, je le regrette. En toute modestie, je crois que nous l’aurions mérité. Je ne sais pas très bien pourquoi ça nous a échappé : il y a vraisemblablement moult raisons, mais lesquelles ? Nous n’étions peut-être pas assez bien entourés ? Il manquait LE bon single au bon moment ? Aucune idée. C’est dommage.

 

  • Que pensez-vous de la scène musicale actuelle, en terme de chanson française ?

 

  • Difficile pour moi de répondre à cette question pour la bonne et simple raison que je ne la connais quasiment pas : il y a un tel nombre d’artistes – confirmés et émergeants – en activité, qu’il m’est quasiment impossible d’en faire le tour. Ceci dit, des musiques que j’entends à la radio ou à la télévision, il n’y a pas grand-chose qui m’émeut. Je trouve ça même plutôt médiocre dans l’ensemble : je ne vous citerai pas de noms… ha ha ! Pour le reste, je reste un admirateur de classiques (Brel, Brassens, et moult autres bien sûr) et de modernes, en particulier Juliette, Camille, Thomas Fersen, etc. Mon groupe français préféré – et de loin – est les Têtes Raides : un sommet en termes d’écriture, d’arrangements et d’interprétation. Quant à la scène strasbourgeoise, mon dernier coup de cœur en date c’est le duo Exotica Lunatica : deux femmes aux talents inouïs. Il y a d’ailleurs moult artistes alsaciens qui mériteraient une reconnaissance nationale, en particulier via les médias parisiens, mais cela n’arrive pas et je ne sais absolument pas pourquoi. Enfin si, j’ai ma petite idée, mais je vais éviter d’être désagréable.

 

  • Quel est, selon vous, le meilleur album du Weepers Circus ?

 

  • Si vous me le permettez, j’en citerais deux : La Monstrueuse Parade (2005) et N’importe où hors du Monde (2011). N’y voyez pas de l’arrogance de ma part, mais franchement, je trouve que là on a vraiment fait du bon boulot. Ces deux disques auraient mérité une plus vaste reconnaissance du public, du métier… et des médias.

 

  • Vous avez souvent collaboré avec moult artistes. Pourquoi ?

 

  • Pour une raison assez simple : cela nous ouvrait les écoutilles artistiques et intellectuelles. Je précise que certes nous avons œuvré avec des gens connus, mais aussi avec des musiciens / interprètes totalement inconnus. Il fallait que nous puissions confronter notre travail avec l’apport d’éléments extérieurs. Bien sûr, collaborer avec Olivia Ruiz ou Jean Rochefort ouvre des portes – quoique pas tellement, en fait ! – mais il s’agit surtout de rencontres humaines et artistiques : ça provoque des remises en question, une sorte de bouleversement dans la manière de travailler et de communiquer.

 

  • Êtes-vous toujours en lien avec ces artistes avec qui vous avez collaboré ?

 

  • Absolument pas. J’avais espéré, à l’époque, pouvoir maintenir un lien amical avec tous ces gens : il n’en est rien. Ils acceptent de travailler avec nous puis… coupent les ponts. Je ne sais pas du tout pourquoi. Pourtant nous avons été fort respectueux et aimables, il me semble. De fait, la seule personne avec qui j’ai réussi à maintenir un lien jusqu’à aujourd’hui, c’est avec Serge Bégout, le guitariste des Têtes Raides : on s’appelle très régulièrement et nous parlons de tout sauf de musique. C’est un monsieur formidable et qui adore les livres. Je l’adore !

 

  • Peut-être que leur agenda ne leur permet pas d’entretenir un lien ?

 

  • La bonne blague ! Je n’y crois pas un seul instant. C’est juste chacun pour soi, c’est tout ! Je crois que c’est là l’une de mes plus grandes déceptions par rapport à ce métier. Là encore, je ne citerai pas de noms.

 

  • Dans le Weepers Circus, qui s’occupait des arrangements / orchestrations ?

 

  • Tout le monde : c’était un travail collectif, même si, lorsque sont arrivées les possibilités de réaliser des pré-arrangements via nos ordinateurs respectifs, les choses se sont davantage individualisées en fonction du compositeur de tel ou tel titre. En revanche, pour tout ce qui relève de l’administratif, c’était Denis Leonhardt qui faisait office de maître d’œuvre, il l’est d’ailleurs toujours, même si l’un ou l’autre d’entre nous, dont moi, étions de petites mains au service de la cause.

 

  • Cette dimension administrative était essentielle ?

 

  • Oh que oui ! Sans elle, le groupe ne pouvait pas fonctionner. Nous avions – et ils ont toujours – à la fois une association et une société. Et après que nous nous soyons séparés de Bertrand Henry, notre premier et unique producteur / manageur, en 2003, nous avions tout géré nous-mêmes. Le groupe actuel fonctionne d’ailleurs encore de la même façon.

 

  • Comment appréciez-vous la ligne du groupe depuis votre départ ?

 

  • Je suis content que l’aventure puisse continuer. Figurez-vous qu’en 2028, le Weepers Circus fêtera ses 40 ans d’existence : c’est fou, non ? Par ailleurs, artistiquement, c’est toujours bien fichu, trouve-je, mais c’est devenu autre chose qu’à mon époque : ni mieux, ni moins bien, juste une autre proposition artistique qui est désormais destinée presqu’exclusivement au jeune public. Pas tout à fait d’ailleurs, parce qu’il leur arrive de faire encore des choses pour les grands. J’aimerais d’ailleurs qu’ils refassent un jour un disque complet pour tout public. Sur scène, ils sont incroyables ! N’oublions pas qu’un concert du Weepers Circus, c’est tout un spectacle, avec décors, mise en scène et travail complexe avec les lumières, etc. Déjà à mon époque d’ailleurs.

 

  • Voudriez-vous réintégrer le groupe ?

 

  • Absolument pas. Surtout pas. Comme je vous l’ai dit plus haut, je suis passé à autre chose et le deuil est fait depuis 2023. Figurez-vous qu’un an après mon départ, en 2014 donc, j’avais demandé à revenir : refus unilatéral de leur part. Avec du recul, je pense qu’ils ont pris la bonne décision. Ceci dit, entre 2013 et 2026, outre pour l’enregistrement du titre inédit Ces Bouquets de Fleurs, il nous est arrivé de rejouer ensemble en live lors de l’une ou l’autre occasion dans un contexte privé, donc pas du tout de façon officielle. En revanche, je trouve qu’il aurait été correct et sympathique de m’inviter – ici et là – sur la scène d’un concert officiel, au titre d’invité, pour un clin d’œil au passé : ils ne me l’ont jamais proposé et je le regrette. En revanche, ils m’ont invité une fois pour une brève apparition bruitesque sur l’un de leurs disques post-moi et ça, c’est vraiment chouette !

 

  • Finalement, pourquoi êtes-vous parti ?

 

  • Plusieurs raisons. Je peux vous en donner deux. La première c’est qu’humainement ça ne se passait plus très bien entre eux et moi, et je pense en porter une très large responsabilité : je peux être un petit con parfois ! Ma situation personnelle de l’époque – dont je ne dirai rien – y a contribué sans doute. Mais au bout de 25 ans, comme un vieux couple, ces choses-là peuvent s’expliquer : un mélange de lassitude, d’ennui et – parfois – d’accrochages. La deuxième raison, c’est qu’artistiquement je n’étais plus du tout pris au sérieux. Mes compositions étaient systématiquement – ou presque – écartées et je ne pouvais quasiment plus mettre mon grain de sel au niveau des arrangements et des orientations éditoriales du groupe. Bref, je n’avais plus grand-chose à y faire. D’ailleurs, à partir de 2010, je proposais des livres et des albums en solo pour pouvoir m’exprimer en toute liberté : choses que je fais toujours jusqu’à maintenant, et ce de façon très régulière. Bref, un groupe, c’est toujours une affaire de compromis, voire de compromissions : et quand on en vient aux compromissions, il faut partir.

 

  • Vous avez des retours de leur part quant à vos disques en solo ?

 

  • Quasiment aucun. Ils ne m’en parlent presque jamais et ne les évoquent jamais sur leurs réseaux sociaux. Contrairement à moi qui, lorsqu’ils sortent un disque, j’en fais la promotion sur mes réseaux. C’est assez décevant, mais je ne leur en veux pas : j’ai l’habitude désormais ! Ils s’en foutent complètement de mes travaux : je pense même qu’ils n’ont quasiment rien écouté – ni lu d’ailleurs – quant à mes publications. Alors que moi je fais l’effort d’écouter tous leurs disques depuis mon départ… et d’en parler.

 

  • Vous êtes – ou avez été ? – franc-maçon. Cela a-t-il eu une influence sur votre travail en groupe en solo ?

 

  • Assurément. Et dans les deux cas. Certaines de mes chansons avec les Weepers, puis certains de mes disques en solo, évoquent explicitement cet univers tout à fait particulier : je ne m’en suis jamais caché d’ailleurs. De fait, à partir du 12 mai 1998, et ce pendant 27 ans environ, avec quelques pauses, j’expérimente la praxis du symbolisme initiatique maçonnique, dans une acception majoritairement métaphysique, et même spirituelle. Aujourd’hui, j’ai quitté ce cadre performatif et je n’ai aucun regret : j’y ai rencontré des personnes tout à fait exceptionnelles et je m’en réjouis. Il reste que simultanément on y croise aussi, comme partout, des égos surdimensionnés, des idiots et des cuistres… surtout d’ailleurs des cuistres : bon, ce n’est pas grave car c’est le cas dans toute communauté humaine et c’est là le lot de toute intersubjectivité dans ce même cadre communautaire. Bon, finalement, je n’y aurai pas appris grand chose : les livres m’auraient sans doute suffit. Certes, le fait de faire est intéressant, enrichissant même, mais au bout d’un moment l’on tourne en rond sans s’élever. L’ennui m’a progressivement gagné et c’est pourquoi je suis parti. Il reste que les dimensions métaphysiques et spirituelles de l’Ordre sont d’une puissance – à la fois opérative et spéculative – tout à fait pertinente. Pour autant, je ne conseillerais à personne d’en faire l’expérience : sa praxis – j’y reviens – est souvent médiocre et fort faible intellectuellement. Et puis on y est très vite noyé par des règles administratives lourdes et ridicules. Sans oublier les mondanités d’usage et la condescendance ordinaire qui y sont une fort désagréable habitude / attitude, tout à fait insupportable.

 

  • Avec qui rêveriez-vous de travailler pour l’un de vos disques en solo ?

 

  • Que des gens impossibles à joindre et pour lesquels je n’existe évidemment pas… ha ha ! Des duos avec Robert Plant, Paul McCartney ou Mick Jagger seraient une consécration, mais il ne faut pas rêver ! Je leur ai écrit… et… pas de réponse ! Étonnant, n’est-ce pas ? Ceci dit, je suis assez content : il y a trois ans – je vous épargne les détails du contexte – j’ai rencontré John Paul Jones (le bassiste de Led Zeppelin) avec qui j’ai pu m’entretenir en tête-à-tête pendant quelques minutes. C’était une chance inouïe pour moi ! J’en ai alors profité pour lui offrir La Traversée de l’Intervalle, mon premier livre-album en solo, publié en 2010, et d’ailleurs consacré au symbolisme traditionnel de la franc-maçonnerie. Il m’a aussi dédicacé un album de Led Zeppelin : un trésor ! Plus sérieusement, j’aimerais inviter la chanteuse Camille sur l’un de mes disques : j’admire tellement son travail. Sans doute l’une des artistes les plus brillantes des 20 dernières années. Mais je sais que c’est impossible : elle est dans des sphères bien au-delà des miennes. Je ne suis qu’un ver de terre face à elle.

 

  • Avez-vous des retours des médias quant à vos projets en matières de livres et de disques ?

 

  • Très peu. Je les contacte pourtant individuellement à chaque sortie : les locaux strasbourgeois / alsaciens et les nationaux, et… 95% d’entre eux ne me répondent même pas. Ils s’en foutent complètement de moi et de mes créations. Résultat : très peu de papiers dans la presse et je ne passe (presque) pas en radio. La télévision n’en parlons même pas. Même la presse dite indépendante m’ignore… avec, ici et là, rarement, quelques contre-exemples. Certes, je connais l’argument qui consiste à dire que ces gens-là sont très sollicités, et je le comprends parfaitement, néanmoins, c’est un peu désespérant quand son propre travail ne suscite pas d’intérêt des gens du métier et donc du public. Parce que le public, essentiellement, ne choisit pas : il consomme la musique qu’on lui impose à coups de marteaux marketing ! Par ailleurs, il faut dire que je n’ai pas de producteur, ni de maison de disque : j’ai un distributeur numérique (Believe) et un éditeur musical (Laurent Balandras), c’est tout. Je suis mon propre producteur. Fauché d’ailleurs. Bref, je fais le constat factuel que mon travail n’intéresse personne ou presque. Il faut dire que je ne navigue pas dans le petit milieu parisien du showbiz : et même si je le voulais, je ne saurais même pas comment faire.

 

  • Je vous sens aigri !

 

  • Oui, je le suis, je le reconnais. Je ressens même de la jalousie. Mes ambitions sont frustrées et ma vie – artistique en particulier – est essentiellement d’un colossal ennui. On peut le dire : grosso modo, j’ai plutôt raté ma carrière en solo, mais j’ai eu la chance de vivre quelque chose de précieux avec le Weepers Circus. Et ça, je ne l’oublie pas. 

 

  • Courage !

 

  • Zanki iou ! Ha ha !

 

 

Propos recueillis le 18 juillet 2026 par un journaliste souhaitant rester anonyme.

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