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WEEPERS CIRCUS · 1988 — 2013

Coulisses

ANECDOTES  ·  HISTOIRES  ·  MÉMOIRES

SUR SCÈNE

1998 · BEUVEILLE (54)

L’un des pires concerts du Weepers Circus

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Le 21 février 1998, avec le Weepers Circus, quelques mois après la sortie de notre premier album, Le Fou et la Balance (1997), nous faisons l’expérience de l’un des pires — en même temps que l’un des plus hilarants (après coup) — concerts de notre carrière : l’événement a lieu dans un café fauché — c’est un euphémisme ! — et au nom réjouissant : La Grillade, à Beuveille, Lorraine, France (54).

À notre arrivée, en début d’après-midi, nous sommes accueillis par le sympathique tenancier qui, selon toute apparence, ne semble pas encore avoir désaoulé de la veille. N’ayant rien de plus intéressant à faire — et parce que nous tenons à honorer notre engagement — nous installons la sonorisation légère nôtre, sortons nos instruments et effectuons les balances : l’opportunité, pour nous, d’observer les joyeuses allées et venues des (rares) clients, tous aux visages burinés par l’ennui accoutumé, l’ébriété quotidienne et la classique grisaille de l’hiver lorrain. La lutte des classes à l’œuvre !

Arrive le repas du soir (avant notre prestation concertante) : l’occasion de manger des pâtes tièdes et vaguement saucées à la bolognaise de chez Lidl — servies dans une immense marmite métallique de cantine des années 1900 — nous-mêmes assis sur des poubelles de chantier, dans une arrière-salle non chauffée qui devait sans doute servir de remise à la mobylette du patron.

Arrive le concert : trois personnes — courageuses ou inconscientes — viennent nous écouter. Des anges célestes ? Une preuve de l’existence de Dieu ? Nous aurions dû noter leurs noms respectifs : nous aurions pu les honorer d’une médaille pour le mérite ! Mais, entre elles trois et juste devant nous sept… voici que se révèle un vieux baby-foot : en effet, le tôlier et ses amis en jouent bruyamment pendant notre prestation en ignorant totalement nos chansons. Leurs rires, commentaires et autres hurlements — avec consommation d’alcool avec force et vigueur — couvrent largement notre musique tout au long de notre performance.

Arrive la fin de l’épreuve-concert : le cafetier, à nouveau pleinement aviné au Pastis, renverse la caisse du soir sur le buffet de son riant établissement : « C’est tout ce que j’ai ! » À traduire par « Je n’ai presque pas de pognon à vous donner ! ». Nous éprouvons sincèrement de la peine pour le bonhomme titubant.

Enfin, nous partons — soulagés de prendre la route — et rentrons chez nous, à Strasbourg. Aujourd’hui, j’en rigole, mais, sur le moment, ce fut hautement pénible !

Éric Kaija Guerrier

2001–2009 · LA RENARDE

Une histoire de « La Renarde »

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La version originale de « La Renarde », qui est le premier de nos sept duos sur disques avec Olivia Ruiz, paraît dans l’album Faites Entrer du Weepers Circus. Or, cette chanson est initialement un hommage à Juliette Gréco.

Cette ritournelle mélancolique relate en partie une anecdote rapportée par notre éditeur musical Laurent Balandras, en 2001, chez Universal : dans sa maison de campagne, Gréco a vécu une sorte de rencontre prolongée avec un renard. Chaque matin, le petit animal vient lui réclamer du lait. Une sorte d’amitié insolite s’installe : quelque chose d’inédit et d’improbable ! Et quand elle n’est pas là, le renard ne vient pas, selon le témoignage de son mari Gérard Jouannest (le pianiste de Jacques Brel).

La chanson, écrite et composée par Franck George et Alexandre George, est finalement une rencontre symbolique entre cette anecdote et l’histoire du Petit Prince. Nous proposons évidemment cette chanson à Gréco pour interprétation, via son producteur Jean-Philippe Allard — mais, pour différentes raisons, la chose ne se fait pas.

Finalement, c’est Olivia qui l’interprète, suite à notre première rencontre en juin 2002. Alexandre lui chante « La Renarde » lors d’une rencontre, Olivia se met à en chanter le refrain, tous deux accompagnés d’une simple guitare : frissons et magie ! Nous décidons alors de l’enregistrer au Château de Lichtenberg, en Alsace, en octobre 2002.

Au cours de moult années, à partir de 2003, nous terminons chaque concert par « La Renarde » : si nous ne le faisons pas, nous nous faisons lyncher par le public… ha ha ha !

Vers 2008, j’ai eu la chance d’avoir Gréco plusieurs fois au téléphone. Je lui ai raconté l’histoire de la chanson et lui ai proposé de la chanter dans notre premier projet pour jeune public Weepers Circus à la Récré (2009). Malheureusement, là encore, ça ne s’est pas réalisé.

Éléments complémentaires par Franck George :
Sans le savoir, Alexandre et moi avions écrit chacun un bout de chanson pendant les vacances d’été. Je me souviens fredonner, accompagné de ma guitare, « moi j’voudrais juste qu’on m’apprivoise » sur la terrasse d’une vieille maison du hameau de Chavagnac (30). De retour à Strasbourg nous étions à la fois déçus d’avoir écrit tous les deux sur le même thème et heureux de se lancer un défi : et si nous assemblions ces deux bouts de morceaux ?

Éric Kaija Guerrier & Franck George

2010–2011 · Jean Rochefort

Notre rencontre avec Jean Rochefort

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LA RENCONTRE ET LA COLLABORATION AVEC JEAN ROCHEFORT.

En 2011, avec le Weepers Circus, nous publions un livre-album assez ambitieux pour nous : N’importe où hors du monde. Un projet conceptuel entièrement tourné autour du poème Any Where Out Of The World (1867), extrait des Fleurs du Mal (1845-1867) – le titre est en anglais, mais le texte est en français – de Charles Baudelaire (1821-1867). Pour cette aventure-ci, comme à nos habitudes, nous sollicitons moult invités, à la fois pour des duos dans le cadre de la partie disque, mais aussi pour des textes inédits dans le cadre de la partie livre. Au final, plus de trente invités sont de l’aventure, dont Jean-Claude Carrière, Jean Fauque (le parolier d’Alain Bashung), Cali, Juliette Noureddine, Dominique A, Michel Rocard, Patrice Leconte, Jean-Luc Nancy, etc. Et Jean Rochefort qui, sur la dernière piste de l’album, dit le poème de Baudelaire sur une musique de Christine Ott aux ondes Martenot. Or la façon dont nous avons réussi à le contacter est assez surréaliste. En 2010, je cherche à prendre attache avec son agent : exercice impossible, car cette personne est toujours en rendez-vous ou en pause déjeuner, etc. Bref ; jamais disponible au téléphone et ne répond jamais à mes courriels. Sans doute que pour elle, nous ne sommes que des ploucs de Strasbourg, qui n’ont donc aucun intérêt. Alors, un peu désespéré, devant mon ordinateur, je me demande comment trouver une solution. Figurez-vous que je pense alors à une idée saugrenue mais qui – à ma grande surprise – s’avère finalement payante : je consulte l’annuaire des pages blanches de France Télécom ! Et sur qui je tombe ? Un certain Rochefort Jean, avec l’adresse postale parisienne et le numéro de téléphone fixe. Je reste persuadé qu’il s’agit d’un homonyme, mais je prends mon courage à deux mains, j’appelle et… qui me répond à l’autre bout dès le premier coup de fil ? Jean Rochefort lui-même, le vrai, l’unique, l’acteur de légende ! J’ai mon cœur qui bat la chamade et je n’en reviens pas. Je lui explique qui je suis, notre projet de l’inviter, etc. Il me répond : « Merci pour la proposition, j’y réfléchis, rappelez-moi la semaine prochaine et je vous donne ma réponse ! » La semaine suivante, je le rappelle et… ô merveille : il accepte ! Et le 3 février 2011, nous nous retrouvons à son domicile parisien, avec moi-même, Franck George du Weepers Circus et Mathieu Pelletier (le régisseur son du groupe pour ce disque), avec l’équipement d’un studio mobile. On est sous le choc et sous le charme : le monsieur que nous avons vu toute notre vie au cinéma et à la télévision est bel et bien là, devant nous. Nous n’en croyons pas nos yeux. Rochefort nous accueille alors chaleureusement, teinté d’humour distingué – il nous fait beaucoup rire – et, bien entendu, tout le long de l’après-midi, nous raconte moult anecdotes sur sa carrière, et notamment sa rencontre avec Johnny Hallyday pour le tournage d’un film de Patrice Leconte (qui figurera également sur notre présent livre-album), L’Homme du Train (2002), mais aussi son tournage catastrophique d’un film plus ou moins inachevé de Terry Gilliam, L’Homme qui tua Don Quichotte (2000-2018), initialement avec Johnny Depp et Vanessa Paradis. Nous, on est comme des gosses devant lui : nous nous pinçons pour savoir si ce que nous vivons là est bien réel. Une chose qui nous frappe aussi, c’est que lorsqu’il nous accueille, il nous précise qu’il « a aussi accepté de collaborer avec nous, parce que ses deux filles connaissent et aiment bien le Weepers Circus ! » Nous sommes positivement sidérés par cette annonce. Bref, l’enregistrement se passe fort bien – Rochefort boucle la lecture du poème de Baudelaire en deux prises seulement ! – et la journée se termine pour nous avec des paillettes dans les yeux. Je n’en reviens toujours pas, après toutes ces années, de l’avoir rencontré et aussi de le savoir présent dans l’annuaire public, à l’époque. Figurez-vous que j’ai tenté l’exercice téléphonique, avec la même technique, avec d’autres figures : Michel Bouquet, que nous avons fini par rencontrer également, mais la collaboration ne s’est finalement pas faite, malheureusement, mais aussi Michel Piccoli, Claude Rich et Bertrand Tavernier, que j’ai eu au téléphone de même, mais la rencontre dans la vraie vie n’a finalement pas eu lieu, malheureusement non plus. Tous ces gens sont à l’époque dans l’annuaire… dingue !

1990 · Poivrots

L’expérience des poivrots d’après-concerts

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COMMENT FAIRE PARTIR UN POIVROT APRÈS UN CONCERT.

Lors d’une longue période, avec le Weepers Circus, nous participons à moult festivals plus ou moins rock’n’roll en matière de lieux et d’organisations. Souvent, nous jouons tard dans la soirée, dans une atmosphère humide, devant un public largement imprégné d’alcool qui hurle plus qu’il n’applaudit. Du coup, les après-concerts, dans la nuit avancée, sont parfois un peu compliqués à gérer. Or, pour une raison dont nous ignorons la cause, notre chanteur historique, Alexandre George, attire régulièrement les poivrots bien atteints et titubants qui viennent lui dire combien notre spectacle a été formidable, avec une voix chevrotante, un vocabulaire approximatif, une odeur de bière et, parfois, une cravate sur la tête : ils s’adressent à lui à deux centimètres de son visage, mettant évidemment mal à l’aise Alexandre qui, on le comprend, est profondément agacé par la situation. Or, ce dernier a rapidement trouvé une technique pour éloigner l’imbibé et elle fait largement ses preuves à de nombreuses occasions : Alexandre regarde le type saoul sur le front et non dans les yeux, tout en lui disant « Oui, oui, merci, oui, merci, oui, sympa, merci… ». L’imbibé n’est alors pas conscient de ce qui lui arrive, mais le fait qu’Alexandre le regarde sur le front, avec un air vague, le met très vite mal à l’aise. Du coup, par un phénomène magique, le soulard s’éloigne et laisse Alexandre enfin tranquille. Technique efficace, donc ! Chers amis musiciens / chanteurs, n’hésitez pas à utiliser cette technique légendaire : vous y gagnerez à chaque fois !

Éléments complémentaires par Alexandre George :

Exact, quand ce n’était pas moi qui avait également « une voix chevrotante, un vocabulaire approximatif, une odeur de bière et, parfois, une cravate sur la tête » 😉

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