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Éric Vial, France 3 Alsace, 12 avril 2026.

Dans le fond. Il y a ceux qui survolent, qui ne font attention à rien. Il y a ceux qui s’attachent aux mots, aux symboles, aux signes de l’humanité. Éric Kaija Guerrier fait partie de ceux-là. Dans Herméneutikos (Épingle à Nourrice Éditions) le philosophe alsacien, co-fondateur du groupe de rock Weepers Circus, compile une série de ses réflexions sur l’amour, la mort, la vie, le Christ. J’ai emporté ce livre dans tous mes derniers voyages. Ses mots et ses révélations métaphysiques m’ont nourri. L’herméneutique est la science de l’interprétation des textes, souvent religieux. Ici, il s’agit davantage de méditations sur les thématiques liées à la franc-maçonnerie traditionnelle spirituelle d’ordre théologique. Le lecteur entre dans un monde d’habitude réservé à des initiés ou des secrets sont révélés sur le sens de la vie. Le mythe d’Hiram Abi, le bâtisseur du Temple de Jérusalem, est par exemple décortiqué et analysé. Malgré l’ignorance, l’hypocrisie et l’envie que représentent ses assassins, Hiram renaît (par la branche de l’acacia) grâce aux trois qualités du savoir, de la tolérance et du détachement. Tout va par trois, comme la trinité, révèle l’éveilleur. Ainsi va l’ordre des choses. « La gorge en tant que figure du corps, le cœur en tant que figure de l’âme, le front en tant que figure de l’Esprit. » Pour apprécier la lecture, il faut se détacher de ses certitudes. Faire le choix d’entrer dans une autre dimension, plus subtile, mais sans doute plus réelle. Admettre que nous ne sommes que des enfants illettrés qui vivons avec des images. Entrer dans la matrice du cosmos. Ainsi, Éric Kaija Guerrier propose de nous apprendre à lire, à comprendre ; de recourir à notre « cabinet de réflexion » intérieur. Pas à pas, il nous stimule et nous provoque. Dès le premier seuil, « la forêt bruisse déjà. L’étrange âme des sous-bois s’éveille. Un vieillard erre et porte un fagot sur le dos (cela ne vous rappelle pas une pochette d’album de Led Zeppelin ?). Il se réjouit de la naissance du Soleil qui scintille sur la neige. Il connaît l’occulte des plantes et des bêtes. Il est un maître. Il enseigne. Son sourire est bienveillant. Le voilà qu’il m’observe. Le voilà qu’il me parle. Il évoque avec moi le ternaire alchimique du Souffre (l’Esprit), du Mercure (l’Âme) et du Sel (le Corps). » Sans doute faudra-t-il relire plusieurs fois la phrase pour en saisir l’essence. Qu’importe quand la poésie des mots berce l’esprit, tout est admis, surtout pour celui qui saisit. « Mon N’importe où, hors du monde figure bel et bien un surréel dissimule dans notre réel, créé à partir du tout et du peu de choses : il est là, il m’attend, il me nargue, il me transcende. Et l’art en est la forme et le fond. » Brillant. Comme l’auteur, pour qui je voue de l’admiration.

Éric Vial, France 3 Alsace, 12 avril 2026.